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Comment faire face à la hausse du prix des aliments ?

La hausse du prix des aliments est autant déplaisante pour les consommateurs qu’inévitable pour l’industrie. Mais d’un côté comme de l’autre, il est possible d’atténuer l’impact de l’inflation alimentaire. Voici quelques trucs et astuces pour y arriver.

Peu de consommateurs consomment le temps de décortiquer et d’analyser leurs factures d’épicerie de semaine en semaine pour en décélérer les tendances de prix.

« C’est rare ceux qui seront capables de dire précisément combien ils dépensent en épicerie par semaine ou par année. Et leurs estimations sont souvent bien inférieures à la réalité », souligne Maryse Côté-Hamel, spécialisée en sciences de la consommation.

La majorité des consommateurs remarquent cependant que les prix sont à la hausse.

« Notre perspective est subjective au signe des variations, constate l’économiste Dalibor Stevanovic. Si je vous dis que les prix augmentent, vous ne réagissez pas de la même façon que si les prix baissent. »

« Dès qu’on remarque une hausse de prix, on en parle. Mais quand le prix baisse, on n’en parle pas nécessairement », ajoute-t-il.

En réalité, les consommateurs ont très peu de contrôle sur la hausse des prix, rappellent les experts, alors qu’une panoplie de facteurs entrent en jeu.

« On se plaint que le prix des aliments monte, mais on fait quoi ? Il y a beaucoup d’aliments qu’on ne produit pas, et dont le prix dépend beaucoup des coûts de production. »

— Dalibor Stevanovic, Université du Québec à Montréal

Il existe toutefois, selon les experts, une série d’astuces que l’on peut mettre en pratique les consommateurs pour réduire leur facture d’épicerie et atténuer, dans la mesure du possible, l’effet de l’inflation alimentaire. Parmi eux : favoriser les marques maison, acheter des aliments au rabais ou en fin de vie et utiliser des coupons.

Au-delà de ces trucs déjà bien connus, la professeure Maryse Côté-Hamel évoque même la façon et le moment de faire son épicerie pour maximiser les économies.

« Quand on est fatigué ou quand le magasin est bondé, on n’est pas dans un bon état d’esprit pour prendre les meilleures décisions », explique cette dernière. Mieux vaut aussi se faire une liste et s’y tenir.

Maryse Côté-Hamel met également en garde contre le positionnement des produits dans les rangées centrales des épiceries. « On sait que les grandes entreprises alimentaires paient pour que leurs produits se présentent à certaines hauteurs dans les étalages », explique la professeure adjointe.

« Les tablettes de prédilection sont celles à la hauteur des yeux, de sorte que ces produits-là sont généralement vendus à des prix plus élevés. Pour obtenir un meilleur rapport qualité-prix, il faut magasiner soit un petit peu plus haut, soit un petit peu plus bas. »

— Maryse Côté-Hamel, Université Laval

Elle privilégie aussi les aliments de base aux aliments transformés, sur lesquels des taxes sont perçues. « On économise en partant 15 % en achetant des produits non transformés », dit-elle, ajoutant qu’ils sont, en plus, généralement plus santé.

La réduction à la rescousse de l’industrie ?

Aux côtés de la hausse des prix, un autre irritant s’est installé dans les allées d’épicerie : la réduction, une pratique qui consiste à réduire le format des emballages ou la quantité des produits vendus.

« Le prix a monté, le format a diminué, mais c’est en quelque chose pour limiter l’inflation alimentaire dans la perception du consommateur, en faisant monter le prix moins rapidement », rappelle l’agronome et économiste Pascal Thériault.

« On reste barré longtemps sur le 0,99 $, dit l’expert de l’Université McGill, en évoquant l’aspect psychologique du prix. Mais une fois qu’on a franchi la barrière du 0,99 $, on est correct jusqu’au prochain dollar, sans que le consommateur le voie passer. »

« C’est sûr que si le prix doubleait du jour au lendemain, le consommateur s’en rendrait compte, ajoute pour sa part Maryse Côté-Hamel. Alors que si on enlève une barre tendre chaque année dans la boîte, on s’en rend compte un peu moins rapidement. » Malgré tout, cette pratique a plutôt choisi ne passe plus autant dans l’aperçu, selon elle, et rares sont ceux qui s’en réjouissent.

« Le réflexe, c’est de détester la réduflation, remarque l’expert alimentaire Sylvain Charlebois. Les gens haïssent ça à mort. Ils se sentent exploités. Mais dans la littérature, c’est clair : si on augmente les prix, les entreprises vont perdre des parts de marché. »

Réduire le format force le consommateur à revoir ses habitudes plutôt qu’à bouder un produit dont le prix serait monté en flèche.

Tous dans le même panier

« Tout le monde subit l’impact de l’augmentation du prix des aliments », prenez Maryse Côté-Hamel, même si les conséquences varient d’un ménage à l’autre. Les plus démunis ou les personnes âgées, par exemple, sont plus souvent confrontés à des choix plus difficiles.

Le Dispensaire diététique de Montréal a conçu des outils de référence en matière de nutrition et de sécurité alimentaire. L’organisme publie notamment son panier à provisions nutritif, où sont répertoriés des aliments qui satisfont, à faible coût, les besoins nutritionnels.

« C’est beaucoup les aliments de base, les marques maison, décrit sa directrice générale Julie Paquette. C’est ce qu’on va recommander comme choix. Il n’y a pas vraiment de place pour les extras là-dedans. »

En accompagnant des familles en situation de vulnérabilité, le Dispensaire les aiguille aussi sur le moment, mais surtout la façon de faire son épicerie.

« Comme citoyen, on apprend à faire un budget, à magasiner une maison, à magasiner une voiture, mais il faut aussi apprendre à faire son épicerie comme il faut. »

— Julie Paquette, Dispensaire diététique de Montréal

Les trucs comprennent également quoi surveiller dans les circulaires et quels aliments privilégier pour faire des économies. « Sur la mise sur les fruits et les légumes locaux l’été, donne Julie Paquette pour exemple. Et en hiver, on se dirige vers les surgelés. »

« Il n’y a pas de place pour les aliments transformés ni pour des coupes de viande plus dispendieuses. C’est sûr que ça nécessite d’avoir certaines compétences culinaires », ajoute-t-elle.

Changer ses habitudes de consommation de viande, la catégorie d’aliments la plus touchée par l’inflation alimentaire, est aussi bénéfique pour le portefeuille, selon les experts.

« Les gens se tournent vers des coupes de viande qui avaient été délaissées ou défavorisées par le passé, et qui coûtent moins cher », décrit l’expert en marketing alimentaire Jordan LeBel, évoquant du même coup les protéines végétales et le régime végétarien.

« Si on remplace la protéine animale une à deux fois par semaine par une alternative qui coûte un peu moins cher, on vient d’aller chercher quelques dollars qu’on peut sauver sur notre facture d’épicerie et sur notre budget alimentaire », estime -t-il.

Prenez garde au gaspillage alimentaire

L’augmentation du prix des aliments, tout comme la réduction d’ailleurs, est aussi une occasion, selon les experts, de parler du gaspillage alimentaire.

« Les consommateurs dépensent énormément d’argent pour des produits qui finiront par finir à la poubelle, déplore Maryse Côté-Hamel. C’est une tactique au niveau du comportement du consommateur qui serait aussi la meilleure façon pour lui de limiter ses dépenses au niveau alimentaire. »

Le conseil national zéro déchet estime, à partir d’une étude menée en 2017, qu’un ménage canadien moyen jette environ 140 kilogrammes de nourriture par année, soit l’équivalent de 1100 $.

Jordan LeBel croit même que si le consommateur devait payer plus cher pour se nourrir, il serait davantage sensibilisé à ne pas gaspiller, pour ne pas « jeter et payer dans le vide ».

« Peut-être que de porter attention au gaspillage va devenir une façon de réduire la dépense, et de réduire le gaspillage ce faisant », a conclu l’expert de l’Université Concordia.

Le retour aux sources comme solution ?

Autant Jordan LeBel que Julie Paquette se désolent de voir les aliments préparés, tout comme les plats prêts-à-manger, occupant une proportion de plus en plus importante sur les tablettes des épiceries et dans les paniers des consommateurs, alors qu’ils coûtent plus cher.

« L’industrie nous offre des solutions faciles, déplore le professeur. Et c’est là qu’elle va chercher la portion de plus à vous fabricant, et qui couvre largement les coûts supplémentaires. »

Retourner à la planche à découper et aux chaudrons est donc aussi une solution à considérer pour économiser, selon les experts.

« Est-ce que les gens vont commencer à cuisiner avec les aliments de base pour venir contrebalancer la hausse des coûts ? Je pense que oui », affirme à son tour Pascal Thériault, qui est aussi le vice-président de l’Ordre des agronomes du Québec.

Cette solution présente toutefois son lot de défis, à commencer par le temps à y consacrer, puis le niveau de compétences culinaires, qui s’effrite de génération en génération.

« Est-ce qu’il y aurait lieu, en termes de solutions, d’investir, de reconnaître les compétences culinaires qu’on doit développer comme étant essentielles, comme citoyen, comme consommateurs ? », suggère Julie Paquette, du Dispensaire diététique de Montréal.

« Le retour aux sources comme solution : ça semble assez simple, mais ce ne l’est pas tant que ça », reconnaît-elle également.

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Daniel Blanchette Pelletier journaliste, Mélanie Julien chef de pupitre, Charlie Debons illustratrice, Mathieu St-Laurent développeur, Danielle Jazzard réviseure linguistique et Martine Roy coordinatrice

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