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le président Saïed en “guerre” contre les spéculateurs face à une pénurie d’aliments

Le président tunisien Kaïs Saïed a déclaré “la guerre” aux spéculateurs face à une pénurie de produits alimentaires de base dans un pays en proie à une grave crise politique et financière. Il a assuré vouloir mener “une guerre acharnée dans le cadre de la loi contre les spéculateurs et les criminels” qui veux “porter atteinte à la paix sociale et à la sûreté” du pays, dans une déclaration publiée le 9 mars 2022 par la présidence. Kaïs Saïed travaille sur une nouvelle législation prévoyant des sanctions pouvant aller jusqu’à l’emprisonnement des commerçants concernés, et qui fera l’objet d’un décret présidentiel, selon la présidence.

Ces dernières semaines, la Tunisie a enregistré une pénurie de nombreux aliments de base comme le riz, la semoule, le sucre et la farine. Les autorités annoncent régulièrement la saisie de quantités de ces aliments dans des dépôts illégaux.

“Le pays n’a pas connu ce phénomène de spéculation en décembre 2010 et après le 14 janvier 2011, ce qui signifie que c’est un acte prémédité.”

Kaïs Saïed, président de la Tunisie

à l’agence TAP

Le ministère du Commerce a ainsi annoncé, mardi 8 mars, la saisie de cinq tonnes de semoule et de farine ainsi que 278 kilos de riz, “cachés” par un grossiste de produits alimentaires dans un quartier populaire de Tunis. En trois jours, du 2 au 4 mars, le même ministère a indiqué avoir saisi “912 tonnes de riz, semoule, farine, sucre et autres produits” dans des entrepôts, pour la plupart illégaux, disséminés dans tout le pays ainsi que plusieurs tonnes de fruits et légumes (pommes et pommes de terre notamment), d’œufs, tomates en conserve et huile végétale.

Huit mois après son coup de force du 25 juillet par lequel il s’est arrogé les pleins pouvoirs, Kaïs Saïed peine à extraire le pays d’une crise politique et socio-économique profonde. L’invasion de l’Ukraine par la Russie, redémarrée le 24 février, a augmenté les difficultés de la Tunisie, très dépendante de l’étranger pour son alimentation, notamment pour le blé, dont elle importe la moitié de ses besoins, essentiellement en provenance d’Ukraine. La Tunisie a produit 1,6 million de tonnes de céréales en 2021, moins de la moitié de ses besoins. En 2019, les importations ukrainiennes ont atteint près de 47,7% des importations tunisiennes en blé, celles de la Russie étant de 3,97%. Selon la presse locale, l’office tunisien des céréales a annulé le 8 mars un appel d’offres portant sur 125 000 tonnes de blé tendre meunier et 100 000 tonnes d’orge fourragère à cause de l’envolée des prix.

La Tunisie a mené en février des discussions préliminaires avec le Fonds monétaire international (FMI) dans l’espoir d’obtenir plusieurs milliards de dollars pour sauver son économie lourdement endettée. La Tunisie est au bord de l’asphyxie financière et en difficulté économique grave, avec une dette de plus de 100% du PIB, une forte inflation (plus de 6%), une croissance faible et un taux de chômage élevé (plus de 18 %). Le FMI, qui critique le niveau très élevé de la masse salariale de la fonction publique (16 % du PIB, 650 000 fonctionnaires), pourrait exiger la fin de certaines subventions sur des produits de base tels que l’essence dans le cadre d’ un éventuel accord, une mesure qui pèsera sur le budget des ménages.

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