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Produire soi-même du soja pour ses vaches

Dans la Nièvre (58) ou dans les Hautes Pyrénées (65), Hervé Mouron et Amélie Menville produisent du soja sur leurs exploitations pour améliorer leur autonomie alimentaire. Conduite de culture, toastage et rations : les éleveurs vous expliquent comment ils procèdent.

Hervé Mouron – Associé soja toasté et tourteau de colza dans la ration d’engraissement des Charolaises

Hervé Mouron, éleveur de charolaises dans la Nièvre (58), associe du soja toasté au tourteau pour limiter ses achats de matière première. « Pour la ration d’engraissement, je mets 500 g de soja toasté pour 1 kg de tourteau de colza en plus des céréales et de l’ensilage. Pour moi, les performances de croissance avec le toasté au soja et le tourteau sont les mêmes ». Si l’éleveur n’est pas autosuffisant en protéines, la production de soja sur la ferme lui permet d’être moins dépendante des marchés. « Comme je suis en label rouge, j’ai besoin de soja non OGM. Lorsqu’on voit l’envolée des prix du soja, c’est toujours intéressant d’être en partie couvert. Aujourd’hui, j’ai besoin d’environ 25 t de tourteau de colza par an. J’aimerais bien descendre à 20 t, mais je ne pourrai pas aller en deçà. Augmenter la part de protéagineux c’est bien, mais il faut garder un équilibre entre les cultures. »

L’agriculteur implante environ 5 ha de soja par an, et effectue des rendements entre 15 et 20 q/ha. « Je le sème derrière un ensilage d’herbe, c’est la seule protéagineuse que je peux faire après un Ray-grass, des féveroles n’auraient pas le temps de se développer. Je suis dans la Nièvre, alors je prends des variétés très précoces : le plus difficile reste la récolte, les gousses sont basses et il est difficile de les avoir bien sèches. »

Si l’éleveur cultive des protéagineux depuis maintenant quatre ans, il n’a pas relevé de différence notable concernant le coût de la ration. La production de soja sur la ferme permet de mieux appréhender les fluctuations des marchés, mais elle n’est pas sans aléas. Cette année, les dommages de gibier ont eu raison du soja. « Pour moi, c’est un système à évaluer sur le long terme. C’est une manière de se sécuriser, et ça n’est pas difficile à mener sur le plan technique. »

Hervé Mouron associé également des pois protéagineux au tourteau de colza (900 kg de pois toastés pour 1 t 450 de colza par mélange) pour gagner en autonomie sur la ration des taurillons. « Auparavant, j’avais la même ration mais je ne toastais pas les pois. Depuis que je suis passé au griller, je ne retrouve plus de pois dans les bouses, ça doit certainement vouloir dire qu’ils ont profité un peu plus. Je cultive aussi des féveroles que j’utilise pour l’engraissement des génisses. »

La ferme des 2 cap – Une ration d’engraissement à 250 € pour les Gasconnes

A la ferme des 2 cap dans les Hautes Pyrénées (65), Amélie Menvielle produit du soja pour ses vaches gasconnes, et ses poules, des Noire d’Astarac. « Nous sommes dans une région où le soja se plaît plutôt bien. Sur une des terres noires non irriguées qui donne des rendements entre 25 et 40 q/ha. » Pour l’éleveuse, la culture du soja a un double intérêt : la maîtrise du coût de productionet l’autosuffisance protéique. « Une bonne partie de notre production est destinée à la vente directe, c’est important pour nous de montrer au client que l’on fait de la viande avec des bons produits, et c’est une manière de protéger le coût de production. Ma ration d’engraissement me coûte dans les 250 €/t. S’il me fallait acheter du soja cette année, ça me couterait cher ! »

Tous les animaux disposent du même régime alimentaire : pâturages l’été, foin et enrubanné de luzerne ou de prairie avec légumineuse l’hiver. Les mères allaitanteset les animaux à l’engraissement sont complémentés avec la même farine, composée de 40 % de maïs, 40 % de soja toasté et 20 % de méteil.

Entre 10 et 12 ha de soja sont déployés sur l’exploitation. L’éleveuse a besoin d’environ 5 ha de soja pour nourrir à la fois ses vaches et les poules. « C’est une culture intéressante car cela permet de faire autre chose que du maïs. Elle est facile à mener et demande peu d’intrants et d’azote. Elle s’intègre bien dans le démarché raisonné que nous essayons de mener sur l’exploitation. »

Cela fait maintenant cinq ans que l’agricultrice pratique le toastage de sojavia l’ONU grille-pain en Cuma. La machine, installée sur une remorque, se déplace de fermes en fermes. « Auparavant, il y avait des vaches laitières sur l’exploitation et l’achetait du tourteau. maintenant cinq ans que je suis installé, nous sommes depuis passés en vaches allaitantes et j’ai toujours nourri mes Gasconnes avec le soja de l’exploitation. Je n’ai jamais vu de soucis d’engraissement » découverte Amélie Menvielle.

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