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Les éleveurs de poulet impactés par la hausse des cours des aliments à l’international

Meurtrie par les hausses des prix du soja et du maïs à cause de la guerre en Ukraine, la filière avicole au Maroc se résout à baisser son offre pour limiter la casse. Pour les éleveurs, l’avenir est de plus en plus indécis.

« 30 % des éleveurs sont hors service, et d’autres pourraient leur emboîter le pas et mettre la clé sous la porte ». Pour Mustapha Mountassir, le constat est clair : le secteur avicole au Maroc traverse une période très difficile. Si le président de l’Association nationale des producteurs de viandes de volailles (APV) se veut très rassurant après la multiplication des rumeurs faisant état d’une « maladie mystérieuse » qui aurait anéanti des millions de poussins, il n’hésite pas cependant à tirer la sonnette d’alarme par rapport à d’autres problèmes, plus réels et d’actualité.

« Nous avons mené nos enquêtes conjointement avec l’ordre des vétérinaires auprès des éleveurs et nous avons conclu que le niveau de mortalité reste très bas et dans les limites de la norme. La grande différence de température entre le jour et la nuit en cette période de l’année cause des maladies saisonnières et c’est tout à fait normal », explique M. Mountassir. Les régions les plus touchées sont ainsi celles qui sont les plus concernées par ce phénomène climatique, à savoir le Moyen-Atlas et la région de Settat.

Pour l’instant, les régions fournissant la plus grande part de production résistent mieux. Autres éléments à prendre en considération : des stocks de maïs importés de Roumanie utilisés dans l’alimentation ont été contaminés par les moisissures, ce qui a affaibli le système immunitaire du poulet et a fait baisser l’efficacité des vaccins utilisés.

Une “mystérieuse maladie”
Un avis que Chaouki Jerrari, directeur de la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (FISA) partage. « Cette maladie supposée n’est qu’une rumeur transmise par un individu qui ne relève pas de notre organisme et qui s’active dans le secteur depuis un certain temps », martèle-il. Des rumeurs qui ont été renforcées par la montée des cas de grippe aviaire dans certains pays voisins, notamment en France et surtout en Espagne, où des centaines de milliers d’oiseaux ont été abattus pour stopper la propagation de cette maladie.

Mais pour les deux représentants des acteurs de la filière avicole, la baisse de l’offre et la hausse du prix du poulet dans les marchés sont dues à d’autres facteurs. Tout d’abord, le manque de visibilité chez les éleveurs, qui se sont obligés de limiter la production afin de garder les prix à un seuil qui permettent de couvrir les coûts qui fluctuent sans cesser.

À l’heure actuelle, la production du Maroc oscille autour de 7 millions de poussins par semaine, contre 10 millions avant l’avènement de la pandémie du covid-19. Les éleveurs ont essayé ainsi de s’aligner sur la chute de la demande pendant plusieurs phases de la crise sanitaire, et de limiter les pertes.

Mais la guerre menée par la Russie en Ukraine est venue chambouler leurs calculs. “Kiev détient environ 20 % des exportations de maïs, qui est une composante essentielle, avec le soja, dans l’alimentation des volailles”, affirme M. Jerrari. Par conséquent, les prix de ces deux produits sur le marché international flambent depuis fin février, pour atteindre le double en l’espace de quelques jours. L’effet dominos atteint sévèrement les élèves, du fait que les coûts relatifs à l’alimentation des volailles représentent 70 % du coût global de production.

Le poulet, sortie ferme, est passé ces derniers jours de 10 à 15 dirhams le kilo, mais pour les professionnels du secteur, cette hausse ne fait que « limiter les dommages » puisque le prix de revient d’un kilo de poulet équivaut à 15 ou 16 dirhams. En d’autres termes, les éleveurs ne parviendront pas pour l’instant à dégager de bénéfices, ce qui les expose encore plus au risque de la faillite, alors que de nombreux parmi eux n’arrivent plus à rembourser leurs créanciers, qui sont essentiellement les fournisseurs d’aliments.

Baisse de la qualité des aliments
“Plusieurs cargaisons sont bloquées en Roumanie et en Ukraine, ce qui oblige les éleveurs à se tourner vers des pays déterminés sur n’importe pas d’habitude et dont la qualité des produits laisse à désirer et pour plus cher”, regrette M. Mountassir . Tous ces facteurs ont impacté négativement les différents indicateurs de la filière. Ainsi, le poulet aurait perdu en volume : la moyenne actuelle est de 1,8 kilo par poulet, contre 2,4 kg précédemment, ce qui pourrait être imputé en grande partie à la baisse de la qualité des aliments utilisés. L’indice de conversion a également baissé de manière significative : pour produire 1 kg de chaise, l’éleveur utilise 2,3 kg d’aliments, contre 1,8 kg seulement il y a quelques mois.

Une situation qui a poussé les opérateurs du secteur à pousser un cri de détresse aux pouvoirs publics. « Le ministère de l’Agriculture doit nous aider ne serait-ce qu’en supprimant la TVA sur tous les aliments utilisés par les éleveurs, et pourquoi pas sur les médicaments et les vitamines aussi même si ces derniers ne représentent qu’une très faible part du prix de revient », avance M. Mountassir. Sans quoi, le secteur se dirigerait vers une véritable crise sans précédent. Si les éleveurs rassurent par rapport à l’approvisionnement du marché durant le mois de Ramadan, les choses s’annoncent plus compliquées sur le moyen et le long termes.

Les réserves actuelles permettent de satisfaire le besoin intérieur même avec la frénésie de consommation durant le mois sacré, mais toute éventuelle hausse de la demande par la suite, notamment à cause de la reprise du secteur du tourisme, ne pourra pas être anticipée à cause de la situation de la filière avicole, ce qui pourrait engendrer une explosion du prix du poulet et impacter fortement le pouvoir d’achat des ménages.

“On ne peut pas augmenter la production du jour au lendemain, c’est tout un processus complexe, encore plus maintenant avec les problèmes liés aux produits utilisés dans l’alimentation”, a révélé le président de l’APV.


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