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qui sont ces nouveaux trafiquants ?

Quand on évoque le crime organisé, on ne pense pas en premier lieu au secteur alimentaire. Et pourtant, le trafic de produits falsifiés pèse plusieurs milliards de dollars. Dans « Fraude alimentaire : un crime organisé ? » diffusé dimanche 27 février à partir de 20h55 dans « Le monde en face » sur France 5, on découvre un monde parallèle, tentaculaire et opaque dans lequel mondialisation, libre-échange et manque de rigueur administrative entraîne la transformation des produits, non sans risque pour la santé humaine.

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L’enquête fait partie d’un scandale bien connu : celui des lasagnes et autres produits transformés à la viande de cheval. C’était en 2013, et pour la première fois, une fraude alimentaire provoquait un raz-de-marée médiatique tellement puissant qu’il faisait tanguer le navire des faussaires de l’alimentaire. En Irlande, des traces d’ADN d’équidés avaient, à l’époque, été retrouvées dans la viande « pur bœuf ». Le pays avait alors choisi de divulguer le nom de toutes les marques incriminées dont Findus, Panzani, Picard, Nestlé et Ikea.




Le scandale de la viande de cheval de 2013 avait relevé le voile sur la fraude généralisée dans le secteur de l’alimentation. Photo Mandarine Productions

Un « déni collectif »

Mais pourquoi avoir remplacé le bœuf par du cheval ? Pour la simple et « bonne » raison que la viande de cheval est deux fois moins chère que celle de bœuf… On aurait pu penser qu’après ce tollé les contrôles se seraient renforcés ? Eh bien non. La nourriture continue d’être trafiquée pour obtenir de meilleurs rendements. Mais pourquoi tromper les consommateurs ? Grossistes, industriels, commerçants… Ils ont tout à gagner et à gagner plus… Et les exemples sont nombreux. Dans le cas de l’affaire de la viande de cheval, un homme est malgré tout identifié : un commerçant à la tête d’un énorme réseau qui transforme les viandes « par la magie d’une étiquette ».

Ensuite, qui savait et n’a rien fait ? Impossible à dire tellement les contrôles sont rares. Personne n’ose freiner la frénétique chaîne d’approvisionnement vers les milliers de supermarchés d’Europe. Christophe Brusset, ancien industriel de l’agro-alimentaire devenu lanceur d’alerte interrogé dans le documentaire, parle d’« un déni collectif » devant une « fraude généralisée ». Mais comment font-ils ? De ce côté-là, les méthodes sont aussi diverses que variées.

Les + et les – du film documentaire

Les +

Les exemples sont bien choisis et permettent de comprendre l’étendue du problème

Le témoignage de Christophe Brusset rend compte de l’ampleur du phénomène

Les –

Les images prétendues se limitent à illustrer les propositions

Les explications sont assez confuses sur l’élaboration et la mise en application des fraudes alimentaires

Des fraudes à tous les niveaux

En 2019, un nouveau scandale éclabousse l’Europe et plus particulièrement l’Etat français. Des steaks hachés sont importés de Pologne à destination d’associations caritatives. Ces aliments, après analyses, se sont donc composés de déchets d’abattoirs et ne contiennent même aucune trace de viande. Comment une commande effectuée par l’État peut-elle avoir été si peu contrôlée, alors que la Pologne est connue pour son manque cruel de rigueur à ce niveau-là ?

Une enquête est menée et un journaliste réussi même à se faire embaucher dans un abattoir. Là, c’est l’horreur : des vaches mortes ou malades sont traînées sur les sols bétonnés pour être découpées et transformées en steaks… Un plan de contrôle massif est rapidement mis en place, mais les abattoirs sont informés à l’avance de la lieu des contrôleurs.

Un cet exemple s’en ajoute d’autres, comme celui de l’huile d’olive « extra vierge » italienne. Ici, des faussaires prennent les noms de vraies entreprises italiennes pour leurs produits fabriqués ailleurs. Encore plus grave, le documentaire fait état d’une réglementation facilement contournable pour faire passer pour « extra vierge » des produits qui ne le sont pas du tout.

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La diffusion du documentaire sera suivie d’un débat présenté par Mélanie Taravant.

Tout changer, même l’ingrédient principal

Les industriels s’affranchissent ouvertement des règles, si bien que certains d’entre eux ont même fait passer de l’huile de colza pour de l’huile d’olive. « Ce sont les mêmes méthodes que la mafia » commente Christophe Brusset. Le produit importé de Turquie et périmé de surcroît transitait alors par des ateliers clandestins de transformation et était revendu à des restaurants parfois prestigieux dans plusieurs pays. Le parfum et la couleur étaient changés pour donner l’illusion d’une vraie huile d’olive qui ne comportait pourtant aucune trace du petit fruit…

Si le marché attire autant les criminels, c’est parce qu’il rapporte gros et que les risques sont limités : « Sept millions d’euros en deux ans » dans le cas de l’huile d’olive. « L’impunité règne et les sanctions pénales ne sont pas suffisamment dissuasives. Les fraudeurs fument deux ou trois ans de prison maximum », explique-t-il encore, avant d’ajouter : « C’est bien moins que pour le trafic de drogues ou d’armes ».

Dans un contexte où 40 % de ce qui est consommé sur le continent provient d’ailleurs, le risque de fraude est croissant. Comme pour le thon, où quand l’animal n’est pas gonflé d’eau pour être plus lourd, il est coloré pour paraître plus rouge. Problème : le traitement chimique est susceptible de désigner des intoxications et des allergies… Ainsi, 454 cas d’intoxications dues au thon piqué au nitrite ont déjà été reportés, et ce n’est que la face émergée de l’iceberg… « 80% du secteur était victime » estime-t-il. Le démantèlement d’un vaste trafic alimentaire en 2018 avait d’ailleurs mené à 79 arrestations de criminels dans des ateliers clandestins européens.




Pour apparaître plus frais, le thon est parfois coloré, pouvant ainsi entraîner des intoxications alimentaires. Photo Mandarine Productions

Des criminels qui ont un coup d’avance

Au travers de ces exemples, on comprend que les fraudeurs ont toujours un coup d’avance sur les contrôles potentiels. De plus, récemment, ce sont les graines de sésame qui ont été aspergées en Inde avec des produits cancérigènes avant d’être transportés partout dans le monde. La fraude alimentaire résulte donc d’un ensemble de facteurs permettant aux malfaiteurs d’œuvrer en presque toute impunité. Et puisque dans la pratique, les contrôles entraînent trop de ralentissement dans la chaîne d’approvisionnement, les criminels en profitent. « Le système est défaillant » a conclu le spécialiste. Sans parler du rôle des lobbys…

Enfin, la perte récente de 25 % des effectifs des inspecteurs n’aide pas non plus à limiter les fraudes et les experts semblent inquiets. Dans un contexte où les Français sont de plus en plus soucieux du bien manger, la mainmise de criminels sur le commerce d’aliments frauduleux renforce encore plus leur sentiment de vulnérabilité et de méfiance…

« Fraude alimentaire : un crime organisé ? », un film de Bénédicte Delfaut écrit avec la collaboration de Patrick Benquet, diffusé dimanche 27 février dès 20h55 sur France 5.

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