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La guerre en Ukraine fragilise les pays importateurs de céréales

Les offices publics amortissent en Algérie, au Proche et Moyen-Orient

« La plupart des pays du Proche et Moyen-Orient, et l’Algérie, ont mis en place des politiques pour assurer l’approvisionnement en pain de la population », indique Roland Guiragossiand’Intercéréales.

Dans la majorité de ces États, les bureaux publics joue le rôle d’importateur et de régulateur. Ce rôle s’est renforcé avec la crise ukrainienne. Ces organismes représentent en moyenne 60 % des importations de la région, et même 100 % en Algérie, Arabie Saoudite, Iran, Syrie et Jordanie.

« En Égypte, le prix du pain sur le marché libre a doublé en une semaine au début du conflit, obligeant le gouvernement à intervenir », a détaillé Roland Guiragossian, le 23 mars 2022, lors d’une journée organisée par Intercéréales.

Une volonté de retrouver l’autosuffisance, et de diversifier les origines

L’Égyptien est particulièrement dépendante du blé de mer Noire. La Russie et l’Ukraine assurent 75 % des achats du Gasc, l’office public égyptien, et 90 % de ceux des opérateurs privés.

« À court terme, le gouvernement égyptien a mis l’accent sur la collecte, qui doit passer de 3,6 à 6 millions de tonnes en 2022, en fonction des contraintes aux agriculteurs pour qu’ils fournissent leur blé à l’État, et en promettant de les payer plus rapidement, indique Roland Guiragossian. À moyen terme, l’Égypte a la volonté de retrouver l’autosuffisance en relançant des cultures de blé sur de nouvelles superficies. »

« Les besoins en Algérie sont couverts, poursuivis-il. Selon le ministre algérien de l’Agriculture, le pays est couvert jusqu’à fin août en blé tendre, et fin décembre en blé dur. L’Ukraine et la Russie infligent 8 à 9 % de part de marché, et l’Algérie est capable de s’approvisionner ailleurs, d’autant plus que l’augmentation des prix du gaz lui assure une plus grande aisance financière. »

Les pays pétroliers et gaziers s’en sortent mieux

« La situation est contrastée dans la région Proche et Moyen-Orient, poursuit Roland Guiragossian. Certains pays sont perdants sur tous les tableaux, car ils ne produisent pas de pétrole, n’exportent pas de gaz et sont très importateurs de céréales, comme le Liban. Le Soudan et le Yémen, déjà en crise avant la crise ukrainienne, reçoit de plein fouet cette nouvelle configuration des approvisionnements. »

D’autres profitent de la hausse du prix du gaz et du pétrole pour se couvrir. « C’est le cas de l’Arabie Saoudite, qui peut acheter, et maintenir des prix du pain bas. Cela ne l’empêche pas de réfléchir à augmenter sa production locale », précise Roland Guiragossian. Certains pays travaillent sur leur autosuffisance alimentaire, en augmentant le prix d’achat de la collecte locale, comme l’Égypte ou l’Algérie.

Le Maroc s’adapte

Au maroc, 30 % des approvisionnements en blé sont d’origine ukrainienne. Il restait 10 % à faire venir de cette région. Les importations se font via des opérateurs privés qui sont « plutôt sereins », commente Yann Lebeau d’Intercéréales.

« Le Maroc a l’habitude d’acheter des origines diverses, et l’État reste garde-fou. Il régule le prix à l’intérieur du marché local, et permet un prix de farine et de pain plaqué. Le pays dispose de plus de cinq mois de stocks. »

Le Maïs, important pour l’alimentation des volailles, n’est cependant pas subventionné. « On s’attend à de fortes répercussions de la flambée des cours du maïs, avec une explosion du prix du poulet. » Le Maroc subit par ailleurs une sécheresse colossale. « Les importations seront maximales l’année prochaine », anticipe Yann Lebeau.

Difficultés financières en Tunisie

La tunisie importe 1 à 1,2 million de tonnes de blé tendre, dont 60 à 80 % d’Ukraine, et un peu de stocks. Elle « est un vrai problème de solvabilité. Les prix de la farine et du pain sont réglementés, mais ces produits commencent à manquer. Des boulangeries fermentent. Le climat social est extrêmement tendu », indique Yann Lebeau.

La sécurité alimentaire inquiète en Afrique subsaharienne

L’Afrique subsaharienne importe 13 millions de tonnes de blé tendre, dont 35 à 40 % de Russie (pour les pays hors Nigeria et Ghana). Les céréales sont centrales dans le régime alimentaire, et les besoins sont croissants, avec l’augmentation de la population. « Les États plafonnent le prix de la farine et du pain, mais ne sont pas des régulateurs financiers. Les gens sont obligés de subir », précise Yann Lebeau.

« La flambée des prix inquiète : les stocks sont très limités, les meuniers doivent payer le prix fort pour s’approvisionner, mais ne peuvent pas répercuter ces hausses sur le prix de farine, qui est réglementé par les États, analyse l’expert. Au Mali, trois des six principaux moulins ont déjà fermé. Les États sont relativement impuissants. »

La Chine veut produire plus, mais devra toujours importer

Sur la campagne 2020-2021, l’Ukraine était le premier fournisseur d’huile de tournesol et de colza de la Échine, le deuxième fournisseur de maïs, et le troisième en orge. À la mi-campagne 2021-2022, l’Ukraine a exporté 4,5 millions de tonnes de céréales (maïs et orge), et devait encore fournir 6 millions de tonnes de maïs.

« La Chine dispose de réserves stratégiques, rapport Li Zhao Yu, responsable du bureau de Pékin d’Intercéréales. Le gouvernement a décidé de remettre des lots de maïs et de blé sur le marché. »

« Il veut par ailleurs encourager la production nationale pour l’alimentation humaine (blé et riz), avec une politique d’aides, mais est-ce qu’on y arrivera ? » poursuivre-il. L’expert évoque des contraintes liées à l’environnement naturel et aux ressources, notamment en eau douce.

L’urbanisation grignote chaque année 800 000 ha de terres arables. Les chinois consomment de plus en plus de viande, ajoutent les besoins en céréales fourragères. En 2021, les importations de céréales et d’oléagineux s’élèvent à une superficie de 90 millions d’hectares (pour 18 millions de tonnes).

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