>

Foodwatch demande une “totale transparence” en cas de changement de recettes

Face aux perturbations du marché de l’huile de tournesol, des fabricants de produits alimentaires ont demandé des dérogations pour utiliser des produits de substitution sans changer les étiquettes.

Face à la pénurie d’huiles en provenance d’Ukraine ou de Russie, notamment de tournesol, les fabricants de produits de consommation courante ont demandé aux autorités des “dérogations” pour vendre des produits “revisités” sans changer les étiquettes : l’ONG Foodwatch réclame vendredi une “totale transparence”. Frites, chips, margarine, plats préparés ou biscuits… L’huile de tournesol est incontournable dans la composition de nombreux produits pris des consommateurs français.

Ou, “l’huile de tournesol utilisée en cuisson est de l’huile issue du tournesol oléique, qui est majoritairement produit en Ukraine”, explique à l’AFP Jean-Philippe Puig, directeur général du groupe Avril, numéro un français des huiles et protéines végétales (Lesieur, Puget). “La France est aussi productrice, mais plus de tournesol érucique, non alimentaire, qui sert en oléochimie” et importe donc une large part de son tournesol alimentaire, ajoute-t-il. “Lesieur n’utilise que du tournesol produit en France, mais ce n’est pas le cas des marques distributeur”.

“Deux tiers des importations françaises de tournesol réussis d’Ukraine, principalement pour la fabrication d’huile et de tourteaux pour l’alimentation animale”, détaille Foodwatch dans un communiqué vendredi. “Les fabricants se tournent donc vers des ingrédients de substitution, comme l’huile de colza, l’huile de palme et les tourteaux de soja OGM en provenance d’Amérique latine”.

Sans modifier les étiquettes

Problème dans le cas de la distribution alimentaire, “modifier l’étiquetage prend beaucoup de temps et les produits ne pourraient plus être proposés à la vente dans l’intervalle”, tant que l’emballage stipule, par exemple, “100 % huile de tournesol”, explique une source du secteur. Les produits industriels ont donc, expliquent encore Foodwatch, “demandé des dérogations pour vendre ces revisités sans changer les étiquettes”.

Bertrand Ouillon, délégué général de l’Interprofession française de la valorisation de la pomme de terre (UGPT), a confirmé les demandes de dérogations auprès de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), qui surveille la bonne information des consommateurs, “car on doit préciser l’origine des huiles”. Sur les disponibilités des huiles, il s’est voulu rassurant.

“A priori, nos industriels sont couverts en huile, au moins jusqu’à cet été”, assure-t-il, citant “des disponibilités en colza” et expliquant que les professionnels travaillent “sur des alternatives au tournesol, des panachages d’ huiles”. Le président de Cérélia Guillaume Réveilhac explique aussi que “La DGCCRF est en train de nous donner cette possibilité pour simplement informer sur l’emballage que ces complexes de matières grasses végétales sont sujettes à une évolution. C’est du déclaratif, nous avons besoin de ce fonctionnement”, dit-il à l’AFP.

Demande de dérogations

De son côté, le groupe canadien McCain, qui a trois usines en France, “utilise 100 % d’huile de tournesol” pour la fabrication de ses frites. “A court terme, nous avons pu trouver des solutions. Nous sommes couverts, avec des volumes correspondant à nos besoins habituels, mais les prix ont énormément augmenté”, a déclaré à l’AFP Christine Delepierre, directrice de la communication Corporate Europe. Elle précise que l’enjeu “est d’assurer la continuité de la production”, et que la hausse des coûts de production, du fait aussi de l’énergie, allait sans doute devoir être répercutée à ses clients.

Si Foodwatch dit comprendre “le caractère exceptionnel de la situation”, l’ONG estime que “les consommateurs doivent être informés de ces changements d’ingrédients” et a lancé une pétition “exigeant la totale transparence”, via une information “en rayons” des magasins “et en ligne, pour chaque produit de façon transparente et sans délai”.

Le gouvernement a récemment confirmé que les industriels ont demandé la “souplesse” sur les règles concernant l’étiquetage. “C’est un sujet sur lequel on continue de travailler avec les associations de consommateurs et les fédérations professionnelles” pour définir les critères de telles dérogations, a déclaré jeudi une source gouvernementale.

Leave a Comment