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Afrique : l’inflation met le ramadan sous pression


OEffectivement, c’est ce week-end que commence le mois de ramadan, pour de nombreux fidèles musulmans. Mais l’invasion de l’Ukraine par la Russie fin février a exacerbé les problèmes alimentaires de certains pays d’Afrique et du Moyen-Orient, pesant sur les préparatifs de ce mois de jeûne musulman, où les tables sont traditionnellement garnies à la nuit décédé. Tour d’horizon.

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« Nous risquons de rompre notre jeûne avec de la musique »

« À vrai dire, rien n’est abordable actuellement, toutes les denrées alimentaires sont chères. Avant, j’achetais un sac de choux à 8 000 francs CFA, mais, aujourd’hui, il coûte entre 15 000 et 20 000 et il en est ainsi pour tous les produits. Les vendeuses de poisson peuvent en témoigner, parfois leurs étalages sont vides. Si cette situation perdure et n’est pas résolue avant le ramadan, nous risquons de rompre notre jeûne avec la musique », lançait en guise d’avertissement, Daba Mbow, vendeuse interrogée par l’AFP, sur un marché dakarois.

Le Sénégal comme une grande majorité de pays d’Afrique connaît une hausse du prix des denrées alimentaires de première nécessité. Une situation qui inquiète les consommateurs qui, pour la plupart, pointent du doigt, pour ce pays d’Afrique de l’Ouest, la fermeture de la frontière sénégalaise avec le Mali comme étant la principale cause. « La fermeture de la frontière malienne a empiré les choses parce qu’il y a des produits que le Sénégal n’a pas et qui quittent la Guinée, le Mali ou la Côte d’Ivoire et il faut qu’il passe par le Mali avant de venir au Sénégal. Il y a tous ces problèmes, il faut qu’ils ouvrent la frontière. Tous les produits sont là-bas. Si la frontière est fermée, qu’est-ce qui va rentrer ? » s’agace Ndèye Marie Diop, une cliente. « Si les produits arrivent sur le territoire sénégalais, il faut que les commerçants augmentent les prix pour pouvoir s’en sortir. Ils n’ont qu’à voir ce cas. Ce n’est pas un problème lié à l’Ukraine, c’est la frontière [avec le Mali, NDLR]. Les chefs d’État n’ont qu’à trouver une solution », insiste la jeune femme.

Pour Malick Dione, commerçant, le calcul est rapide, « avant, j’achetais cinq litres d’huiles à 18 000 francs CFA au maximum, mais, actuellement, ils coûtent près de 27 000 francs CFA. Le prix du riz est aussi connu une forte hausse et pire même, le riz est devenu introuvable. »

Le Fonds monétaire international a récemment expliqué que si l’inflation dans ce pays a été maîtrisée à 2,2 %, les prix des produits alimentaires ont augmenté un peu plus vite à 2,9 %. L’institution relève que la hausse des prix mondiaux des produits alimentaires et de l’énergie provoquée par le conflit s’ajoute « aux séquelles de la pandémie, à l’insécurité régionale et à l’augmentation des revendications sociales à l’approche des élections parlementaires de juillet ». « Tous ces éléments accroissent les risques de ralentissement de la croissance économique et se traduiront probablement par une aggravation des pressions inflationnistes et une augmentation considérable des dépenses publiques », estime-t-il également.

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Constat généralisé

L’inquiétude est généralisée. La Russie et l’Ukraine font partie des principaux exportateurs mondiaux de produits agricoles, comme le blé, l’huile végétale et le maïs. Mais la perturbation des flux d’exportation a résulté du conflit entre les deux pays fait craindre une crise mondiale de la faim, en particulier au Moyen-Orient et en Afrique.

En Algérie, les autorités tentent ces derniers mois de limiter la hausse des prix des produits alimentaires. L’État a annoncé l’ouverture de 1 200 points de vente pour faciliter les achats des familles afin de leur permettre d’assurer le ftour, le repas de rupture du jeûne. Mais les effets de ces annonces sont peu visibles, sur les marchés, la flambée des prix touche déjà les fruits, les légumes et les viandes, rapportent les médias locaux.

Même constat au Maroc, sous l’effet de la flambée des prix des matières premières à l’international, ces derniers mois, le pays connaît une inflation croissante, qui a d’abord touché les carburants, puis le transport, pour finalement impacter les produits alimentaires. Ainsi, l’indice des prix des produits alimentaires a augmenté de 5,5 % en une année. L’huile, le poisson, les céréales, les fruits, les légumes : tous les aliments de première nécessité sont touchés. Le Maroc est aussi dépendant de la Russie et de l’Ukraine pour de nombreux produits, et comme il est touché par une très forte sécheresse, le royaume pourrait être obligé d’importer davantage. Dans ce contexte, le gouvernement multiplie les subventions aux secteurs concernés, tels les transporteurs routiers. Il agit aussi depuis des semaines contre les pratiques de spéculation autour de certains produits.

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Un ramadan frugal

En Tunisie, les associations caritatives, qui multiplient la collecte de produits alimentaires en faveur des familles démunies, manquent de dons à cause de la dégradation de la situation socio-économique. « D’habitude, nous avons un char rempli au bout d’une heure, ce n’est pas le cas cette année », dit à l’AFP Mohamed Malek, un étudiant de 20 ans bénévole pour une association. « Il y a même des gens qui nous disaient : « Trouvons d’abord de la nourriture pour nous. », ajoute-t-il.

En Égypte, premier importateur de blé russe et ukrainien, le président Abdel Fattah al-Sissi a ordonné un plafonnement des prix du pain non subventionné après que son prix a augmenté de 50 %. La monnaie locale a également perdu 17 % de sa valeur ce même mois. « Si quelqu’un avait l’habitude d’acheter 3 kilos de légumes, maintenant il n’en achète qu’un », explique Oum Badreya, vendeuse de rue dans l’ouest du Caire.

La Somalie, aux prises avec une insurrection islamiste et qui subit sa pire sécheresse en 40 ans, s’est également préparée à un ramadan morose. Le ramadan « sera très différent, car les prix du carburant et des denrées alimentaires s’envolent », dit Adla Nour, habitante de Mogadiscio.

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