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Sauver le climat passe par un changement de notre mode de vie

Après avoir mis en lumière les impacts appréhendés de la crise climatique, le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) doit publier ce lundi un rapport qui examinera les moyens à mettre en œuvre pour éviter le pire. Selon des informations préliminaires obtenues par Le Devoirles scientifiques ont proposé une remise profonde en question de notre « mode de vie » et de notre dépendance aux énergies fossiles.

Un document récemment produit par le GIEC souligne ainsi que la science climatique prône des « changements de comportement et de mode de vie » pour réduire rapidement les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES). Ces changements impliqueraient des transformations importantes dans le secteur des transports, mais aussi une « modification » de notre régime alimentaire, qui comprend actuellement un apport important en produits d’origine animale.

Le rapport doit notamment souligner l’impact de la « production de bétail ». Dans une étude publiée en 2019 dans Nature, des chercheurs suggéraient un virage vers un régime quotidien plus « à base de plantes ». En moyenne, les habitants de la planète auraient ainsi réduit de près de 75 % leur consommation de viande rouge. Pour les Canadiens, ce recul serait davantage de l’ordre de 85 %, en tenant pour acquis un passage à un seul repas à base de viande par semaine.

« D’une manière générale, les scientifiques s’accordent à dire que la transition vers une société à faible émission de carbone passera par un changement systémique des infrastructures et des comportements », souligne le résumé du GIEC, qui aurait été rédigé la semaine dernière .

Le nouveau rapport des experts du climat, qui était toujours en cours de négociations de dimanche, doit aussi proposer « une utilisation efficace des matériaux et de l’énergie », dans un contexte de crise climatique et de croissance de la population mondiale. Prenant acte du fait que les émissions mondiales de GES devront être ramenées pour ainsi dire à zéro dans moins de 30 ans, les scientifiques ont estimé que cet objectif implique une décroissance marquée de la demande en énergie et en ressources. Le GIEC propose qu’en agissant efficacement, on pourrait réduire de 40 % la demande énergétique mondiale d’ici 2050 par rapport au niveau de 2018.

Réduction de la demande

Dans la foulée d’autres rapports scientifiques, le GIEC doit indiquer dans son rapport que « l’utilisation des combustibles fossiles doit diminuer de façon spectaculaire » pour limiter le réchauffement planétaire à seuil viable, soit au maximum 1,5 °C, par rapport à l’ère préindustrielle. À l’heure actuelle, on prévoit plutôt une croissance de production des énergies fossiles, y compris au Canada.

Afin de réduire notre dépendance aux énergies fossiles, les scientifiques qui ont rédigé le nouveau rapport estiment qu’une « électrification » basée sur les énergies renouvelables est « essentielle ». Selon l’Agence internationale de l’énergie, rappelle le GIEC, « le déploiement des énergies solaires, photovoltaïques et éoliennes doit être deux fois plus important que ce qui a déjà été annoncé au niveau mondial pour rester sur une trajectoire de 1,5° C ».

Pour y parvenir, des investissements colossaux seront nécessaires, doivent insister sur le rapport, en rappelant que les sommes autorisées au « financement climatique » ont peu augmenté depuis le cinquième rapport d’évaluation produit en 2014 par le GIEC. Les montants ont ainsi atteint un peu moins de 600 milliards de dollars par année, soit « dix fois moins » que ce qui est jugé nécessaire « chaque année d’ici 2030 » pour respecter les objectifs de l’Accord de Paris.

Retards climatiques

Le rapport du GIEC doit aussi examiner l’épineux dossier de l’« élimination » du carbone pour atteindre les cibles de carboneutralité à l’horizon 2050. « Les méthodes d’élimination vont de l’amélioration de l’absorption naturelle du carbone par la reforestation, la restauration et la protection de la nature, à la ”technologie des émissions négatives” comme le captage direct dans l’air et la bioénergie avec captage et stockage du carbone », précise le document obtenu par Le Devoir.

Les scientifiques rappellent par ailleurs que l’action climatique tardive dangereusement. « Aujourd’hui, les réductions annuelles moyennes d’émissions nécessaires pour rester sous la barre des 1,5 °C sont quatre fois plus élevées qu’elles ne l’auraient été si l’atténuation et l’ambition collectives avaient commencé en 2010 », selon le Programme des Nations unies pour l’environnement. « Cela souligne la nécessité d’agir rapidement », insiste le GIEC.

Les émissions mondiales de CO2 devraient diminuer de 45 % en 2030, par rapport au niveau de 2010, pour espérer limiter les bouleversements du climat. Par la suite, il faudrait atteindre un objectif de « zéro émission nette » au plus tard en 2050.

Or, les émissions mondiales de GES sont toujours en croissance à l’heure actuelle, si bien que le réchauffement global pourrait dépasser les 1,5 °C entre 2030 et 2040, au plus tard. L’an dernier, les émissions mondiales du secteur de l’énergie ont atteint un niveau record, selon des données publiées au début du mois de mars par l’Agence internationale de l’énergie. Et plus de six ans après la signature de l’Accord de Paris, l’humanité est toujours sur la trajectoire d’un réchauffement climatique catastrophique. Selon l’ONU, le réchauffement devrait atteindre au moins 2,7 °C d’ici la fin du siècle, ce qui rendrait le monde carrément « méconnaissable ».

Impacts déjà visibles

Au début du mois de mars, un rapport produit par le GIEC mettait également en garde contre les conséquences de ce réchauffement imputables principalement à notre dépendance aux énergies fossiles.

Les impacts « en cascade » sont d’ailleurs déjà de plus en plus difficiles à gérer, affirment alors le regroupement scientifique, en confirmant que des millions de personnes vivant en Afrique, en Asie, en Amérique centrale, en Amérique du Sud et dans des les pays insulaires sont désormais directement exposés à l’insécurité alimentaire et à un manque d’accès à l’eau potable. À l’échelle de la planète, « 3,6 milliards de personnes vivent dans des contextes qui sont très vulnérables au changement climatique ».

L’augmentation des températures, des vagues de chaleur, des sécheresses et des inondations affecte non seulement de plus en plus de populations humaines, mais aussi une multitude d’écosystèmes, constatait le GIEC. Ces phénomènes ont déjà des impacts majeurs sur la biodiversité, qui vont « s’accroître » au fur et à mesure que le climat se dérègle. Les scientifiques précisaient d’ailleurs que des récifs coralliens, des milieux humides, des forêts tropicales, des zones polaires et des écosystèmes montagneux ont déjà dépassé le seuil limite de l’adaptation.

En plus de rappeler les retards importants en matière de lutte contre les bouleversements climatiques, le GIEC soulignait que l’humanité tardive à mettre en œuvre les mesures nécessaires pour s’adapter au réchauffement et à ses impacts. La plupart des actions sont « fragmentées », à « petite échelle » et conçues « pour répondre aux impacts actuels », et non à ceux à venir.

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