>

[​Changement climatique] Il faut changer le monde dès maintenant, prévient le GIEC

Il est plus urgent que jamais de réduire immédiatement et de façon « drastique » les émissions mondiales de gaz à effet de serre. Pour y parvenir, il faudra tourner le dos aux énergies fossiles, mais aussi transformer en profondeur nos villes, nos modes de transport et notre régime alimentaire, conclu le nouveau rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

« Sans une réduction immédiate et drastique des émissions dans tous les secteurs, limiteur le réchauffement à 1,5 °C est hors d’atteinte », a résumé lundi le président du GIEC, Hoesung Lee, en présentant le nouveau rapport alloué aux moyens de s’attaquer à la crise climatique. Concrètement, il faudrait réduire de moitié les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030 pour espérer respecter les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat.

« Nous sommes à la croisée des chemins. Les décisions que nous prenons maintenant peuvent nous assurer un avenir viable. Nous avons les outils et les connaissances pour limiter le réchauffement », at-il ajouté, au terme d’une session de négociations difficiles pour les 195 gouvernements membres du GIEC, qui ont mis un peu plus de deux semaines pour impliquer le contenu du document .

Énergies fossiles

Ce nouveau rapport met ainsi en lumière la nécessité de mettre en œuvre « des transformations majeures dans le secteur de l’énergie. Cela impliquera une réduction substantielle de l’utilisation des énergies fossiles, une électrification à grande échelle, une bonification de l’efficacité énergétique et une utilisation des carburants alternatifs, comme l’hydrogène ».

À moins de pouvoir compter sur des projets efficaces de réduction des émissions de GES dans l’industrie (comme le développement de la technologie de capture et de stockage du carbone), il faut supprimer le recours au charbon d’ici 2050, mais aussi réduire notre utilisation du pétrole d’au moins 60 % et notre utilisation du gaz naturel de 70 %.

Dans ce contexte, souligne le GIEC, les nouvelles infrastructures de développement de l’industrie devraient nous imposer des émissions de GES qu’il faudrait éviter. Dans un rapport publié l’an dernier, l’Agence internationale de l’énergie soulignait déjà la nécessité d’abandonner tous les nouveaux projets d’exploitation d’énergies fossiles.

La transformation du paysage énergétique nécessitera toutefois des investissements sans précédent. Ou, à l’heure actuelle, « le financement public et privé en faveur des énergies fossiles est toujours plus important que celui accordé à l’adaptation et à l’atténuation ».

Changeur de mode de vie

Le rapport publié lundi constate en outre le besoin de « changements dans nos modes de vie » afin de lutter contre les bouleversements du climat. Cela passe par l’aménagement des villes, qui doit permettre de réduire la consommation d’énergie et de ressources. Des villes adaptées à nos objectifs climatiques supposent de permettre les déplacements en transports collectifs, mais aussi à pied ou à vélo.

Le GIEC souligne également que « les réseaux de parcs, les milieux humides et l’agriculture urbaine peuvent réduire les risques d’inondations et les îlots de chaleur ».

Le rapport insiste aussi plus globalement sur le besoin de restaurer les forêts et d’autres écosystèmes (milieux humides côtiers, prairies, tourbières, savanes) afin de bonifier les structures naturelles qui permettent de stocker du carbone. La réduction de la déforestation dans les régions tropicales est elle aussi essentielle.

Les scientifiques mettent par ailleurs en lumière le besoin de transformer notre régime alimentaire, qui comprend toujours un apport important de produits d’origine animale. Le « Résumé à l’intention des décideurs » qui a été produit par le GIEC souligne ainsi la nécessité d’un changement vers une « diète saine », soit un régime alimentaire comprenant des aliments « à base de plantes » et des produits d’ d’origine animale, mais produits dans un contexte « durable » et de faibles émissions de GES.

« Le changement climatique est le résultat de plus d’un siècle d’utilisation non durable de l’énergie et des terres, des modes de vie et des modes de consommation et de production », prévient Jim Skea, vice-président du Groupe de travail du GIEC qui a rédigé ce rapport. « Le rapport nous montre comment agir maintenant peut nous conduire vers un monde plus équitable et plus soutenable. »

Années critiques

Pour le moment, le monde est cependant toujours sur une trajectoire climatique rappelée dangereuse, le rapport du GIEC, qui a été rédigé par 278 auteurs provenant de 65 pays, en plus de 354 contributeurs. « C’est maintenant ou jamais. Si nous vous voulons limiter le réchauffement à 1,5 °C. Sans une action immédiate et des réductions drastiques dans tous les secteurs, ce sera impossible », résume Jim Skea.

« Les émissions sont toujours à la hausse. Elles sont à leur niveau le plus élevé jamais atteint », a d’ailleurs fait valoir une co-autrice du rapport, Céline Guivarch, lors d’une présentation lundi matin. « Le monde n’est pas sur la bonne trajectoire pour limiter le réchauffement climatique et éviter ses effets les plus graves. Seules des mesures immédiates et ambitieuses dans tous les secteurs sont à même de réduire rapidement les émissions de gaz à effet de serre. »

« Je suis encouragé par l’action climatique mise en œuvre dans plusieurs pays. Il y a des politiques, des réglementations et des instruments du marché qui ont amélioré leur efficacité. S’ils sont bonifiés et appliqués plus largement et équitablement, ils peuvent mener à des réductions majeures d’émissions et stimuler l’innovation », a toutefois souligné Hoesung Lee.

Plus de détails suivront.

À voir en vidéo

Leave a Comment