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75 facteurs de risques génétiques ont été identifiés

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L’identification des facteurs de risques génétiques de la maladie d’Alzheimer est un enjeu de recherche crucial pour mieux comprendre la pathologie et mieux la traiter. Les progrès de l’analyse du génome humain, Couplés à la mise en place de grandes études d’associations pangénomiques — ces études cohérentes à analyser l’intégralité du génome de milliers, voire de dizaines de milliers d’individus, sains ou malades, pour identifier des facteurs de risques génétiques associés à des traits spécifiques de la maladie — permettent aujourd’hui des avancées supplémentaires dans le domaine.

La maladie d’Alzheimer est la plus fréquente des démence, touchant environ 1.200.000 personnes en France. Il s’agit d’une pathologie multifactorielle complexe, qui apparaît généralement après 65 ans et pour laquelle il existe une forte composante génétique. La majorité des cas serait subie par l’interaction de différents facteurs de prédispositions génétiques avec des facteurs environnementaux.

Si la maladie est de mieux en mieux comprise, il n’existe pour l’heure aucun traitement permettant de guérir. Les médicaments disponibles doivent surtout freiner le déclin cognitif et réduire certains troubles du comportement. L’un identifiant des enjeux majeurs de la recherche est de mieux caractérisés les facteurs de risque génétiques de la maladie, pour mieux comprendre ses origines en les processus physiopathologiques impliqués (l’ensemble des problèmes fonctionnels engendrés par une maladie ou une affection particulière), et ainsi proposer de nouvelles cibles thérapeutiques.

Dans le cadre d’une collaboration internationale, et sous la coordination du directeur de recherche Inserm Jean-Charles Lambert, des chercheurs et chercheuses de l’Inserm, de l’Institut Pasteur de Lille, du CHU de Lille et de l’Université de Lille ont mené une étude d’association pangénomique (en anglais Étude d’association à l’échelle du génomeGWAS) sur le plus grand groupe de patients Alzheimer mis en place jusqu’ici — les chercheurs se sont ici classés aux données génétiques de 111.326 personnes ayant reçu un diagnostique de maladie d’Alzheimer ou ayant des proches atteints par la maladie et 677.663 « contrôles » sains. Ces données sont issues de plusieurs grandes cohortes européennes regroupées au sein du consortium Biobanque européenne Alzheimer et démence (BDEA).

Favorisées par les progrès de l’analyse du génomeces études cohérentes à analyser l’intégralité du génome de dizaines de milliers, voire de centaines de milliers d’individus, sains ou malades, pour identifier des facteurs de risques génétiques associés à des traits spécifiques de la maladie.

Avec cette méthode, les scientifiques ont ici pu identifier 75 régions du génome (appelées locus), associées à Alzheimer, dont 42 n’avaient jusqu’ici pas été impliquées dans cette maladie. « Après cette découverte importante, la suite de notre travail a consisté à caractériser ces régions du génome que nous avions protégés pour leur donner du sens par rapport à nos connaissances biologiques et cliniques, et donc mieux comprendre les mécanismes cellulaires et les processus pathologiques à l’oeuvre », souligne Jean-Charles Lambert.

Mise en lumière des phénomènes pathologiques

Dans la maladie d’Alzheimer, deux phénomènes pathologiques cérébraux ont déjà bien été documentés : l’accumulation de peptides bêta-amyloïdes et la modification de Tau, une protéinesqui se retrouve sous la forme d’agrégats dans les neurones.

Les scientifiques ont ici confirmé l’importance de ces processus pathologiques. En effet, leurs analyses des différentes régions du génome confirment que certaines sont impliquées dans la production des peptides amyloïdes et dans le fonctionnement de la protéine Tau.

Par ailleurs, ces analyses présentent aussi qu’un dysfonctionnement de l’immunité innée et de l’action de la microglie (cellule immunitaire présente dans le système nerveux central qui joue un rôle « d’éboueur » en éliminant les substances toxiques) est à l’œuvre dans la maladie d’Alzheimer.

Enfin, cette étude montre pour la première fois l’implication dans la maladie de la voie de signalisation dépendante du facteur de nécrose tumorale alpha (TNF-alpha) — le facteur de nécrose tumorale alpha est une cytokineprotéine du système immunitaire impliquée dans la cascade de l’inflammationen particulier dans les mécanismes lésionnels tissulaires.

Ces résultats permettent de confirmer et de donner nos connaissances des processus pathologiques impliqués dans la maladie, et d’ouvrir de nouvelles voies pour la recherche thérapeutique. Ils confirment par exemple l’intérêt de mener des essais cliniques sur des traitements ciblant la précurseur de l’amyloïdede poursuivre les travaux sur les cellules microgliales, initiés il y a quelques années mais aussi de cibler la voie de signalisation du TNF-alpha.

L’utilité du score de risque génétique

En s’appuyant sur leurs résultats, les chercheurs ont également intégré un score de risque génétique qui permet de mieux évaluer qui, parmi les personnes souffrant de troubles cognitifs, évaluéa vers une maladie d’Alzheimer, dans les trois ans après la mise en évidence clinique des troubles. « Cet outil n’est pour le moment pas du tout destiné à la pratique clinique, mais il pourrait être très utile dans la mise en place d’essais thérapeutiques pour catégoriser les participants selon leur risque et mieux évaluer l’intérêt des médicaments testés », explique Jean-Charles Lambert.

L’équipe souhaite désormais poursuivre ses travaux dans un groupe encore plus large pour valider et étendre leurs résultats. Au-delà de cette caractérisation exhaustive des facteurs génétiques de la maladie d’Alzheimer, l’équipe se développe par ailleurs de de nombreuses approches de biologies cellulaires et moléculaires pour déterminer leurs rôles dans le développement de la maladie.

Par ailleurs, les recherches génétiques ayant pour le moment principalement été appliquées sur des populations d’origines caucasiennes, l’un des enjeux à venir seront de pratiquer le même type d’études dans d’autres groupes pour déterminer si les facteurs de risque sont les mêmes d’une population à une autre, ce qui donnait leurs importances dans le processus physiopathologique.

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