>

Une autre vision de l’allergie, celle de la médecine intégrative

L’approche intégrative consiste non pas à vouloir supprimer les facteurs de l’allergie (l’allergène) ou à limiter la dynamique de réponse à cet allergène (libération d’histamine en excès), mais à comprendre la fonctionnalité de l’organisme manifestant l’allergie.

Pourquoi celui-ci manifeste-t-il une réaction allergique ou de type allergique ? Et selon quel mécanisme ? Dans l’allergie, l’entrée en relation avec l’agresseur (ici l’allergène) se fait soit par simple contact, par inhalation, par ingestion et même par injection.

Cette interaction entre agresseur et organisme va en premier lieu dépendre de l’état d’équilibre fonctionnel
de l’organisme, qu’on appelle en médecine intégrative l’équilibre endobiogénique du sujet. Il dépend de la fois
de l’équilibre fonctionnel endocrinien (les hormones) et de sa relation avec l’équilibre neuro-végétatif (système nerveux autonome), les deux grands systèmes de régulation et d’équilibre de notre organisme.

Le propre du vivant, c’est l’adaptation

De cette interaction va naître une réaction d’adaptation de l’organisme. Tout d’abord se manifeste une réponse adaptative locale (congestion, puis inflammation) suivie d’une réponse adaptative générale (immunité, notamment).

Rappelons que le propre du vivant est d’être adaptable aux sollicitations. La perte de capacité adaptative entraînant la mort plus ou moins rapidement. Dans une normale, la réponse adaptative générale doit permettre un retour à l’état antérieur, celui-ci comportant la fonctionnalité précédant le contact avec l’agresseur. Lorsque l’on est dans une pathologie allergique, la réponse adaptative générale va au-delà de son objectif initial et entraîne les manifestations pathologiques, témoins de cette désadaptation.

Comme la pédale de frein de nos vieilles deux-chevaux qui traverse le plancher lorsqu’on appuie dessus trop
fort. La voiture ne s’arrête plus et devient folle. C’est ce qui se passe dans l’allergie. Notre perd le contrôle de la finalité de l’action qu’il a mis en place et organisme part dans une réaction aberrante qui propage la maladie.

Le rôle des hormones (ou du système endocrinien) va être alors de s’ajuster de façon aussi qualitative que quantitative et chronologique en fonction de l’agresseur et de la fonctionnalité propre du malade. D’où le besoin de soutenir le système endocrinien, comme on va le voir.

Ne masquez pas le problème

L’expression de l’allergie nécessite de l’histamine. Chez les mammifères on retrouve l’histamine en grande quantité dans la peau, les poumons, la paroi de l’estomac et le foie. Donc principalement dans les zones permettant la relation avec le milieu extérieur, l’histamine joue un rôle de vigilance.

Cette molécule agit également sur le système nerveux sympathique qui régule l’activité des fonctions automatiques du corps (respiration, digestion, circulation…). Quand il y a allergie et réaction inflammatoire, c’est signe d’un état de congestion et d’un système nerveux sympathique très actif.

Ainsi si l’allergie signe une réactivité particulière, la forte expression de l’histamine n’est que la conséquence et non la cause du dysfonctionnement. Donc donner de façon systématique des antihistaminiques, ne fait que masquer l’expression du problème sans pour autant le régler.

Et au long cours, ce médicament peut perturber les autres fonctionnements et entraîner des dégénérescences. Les antihistaminiques doivent être traités comme des outils d’exception pour des situations exceptionnelles.

La médecine intégrative avec le raisonnement endobiogénique mettra donc en place un traitement visant à limiter l’intensité d’action du système neuro-végétatif dans son ensemble, avec en premier lieu un régime d’épargne pancréatique c’est-à-dire un régime qui limite les sucres, les graisses cuites, les farines modernes… On associera à ce régime alimentaire également des plantes. Pour soulager au plus vite le patient, on pourra utiliser des plantes antiallergiques de régulation histaminique…

Au-delà de l’usage de ces remèdes régulateurs, le médecin pourra être amené à choisir d’autres armes en fonction de ce qu’il a compris du fonctionnement endocrinien particulier du patient. Il s’attardera à comprendre le fonctionnement des surrénales, très impliqué dans cette pathologie.

En effet ces deux glandes sont les outils de l’adaptation par excellence et servent essentiellement à gérer la survie dans l’instant. Elles sécrètent des corticoïdes (anti-inflammatoire naturel), de l’adrénaline (neurotransmetteur de la « peur »), de l’aldostérone (impliqué dans la rétention d’eau et donc dans l’état de congestion de l’organisme).

Pour soutenir les surrénales, le médecin pourra également utiliser à la phytothérapie. Puis il s’intéresse au fonctionnement de la thyroïde, autre glande de l’adaptation. Mais encore aux glandes génitales et à celles de l’axe somatotrope (foie/pancréas). Enfin, il apportera une attention particulière au fonctionnement des émonctoires (peau, poumon, intestin, foie, pancréas, reins), qu’il s’efforcera de soigner systématiquement.

La vision intégrative (qui n’exclue pas exceptionnellement le recours aux thérapeutiques médicamenteuses de substitution !) nous fait rentrer dans la complexité du fonctionnement du vivant. Un projet thérapeutique plus complexe, dont la réponse est peut-être moins spectaculaire dans l’immédiat, mais qui permet de respecter la fonctionnalité de l’organisme et est spectaculaire quant à l’évolution du patient vis-à-vis de la maladie, l’éloignant au fur et à la mesure de la chronicité attendue.

La merveilleuse intelligence de la plante

Revue des plantes qui souffrent sur le symptôme tout en régulant les grandes fonctions d’équilibre du corps.

– Pour soigner les symptômes (plantes anti-histaminiques) :
Ribes nigrum (cassis) et Rose canine (églantier) à utiliser de préférence en gemmothérapie D1 à la dose (en phase aiguë) de 100 gouttes 2 à 3 fois par jour en diminuant à 50 puis 25 gouttes 2 fois par jour.

Plantage majeur (plantain) : n’étant plus disponible en teinture-mère (TM), on se reportera soit sur des extraits fluides ou des microsphères soit sur la tisane de feuilles associées par exemple à Viola tricolore (pensée sauvage) (pour un drainage cutané) : en TM à la dose de 10 à 25 gouttes 2 fois par jour, ou en tisane de fleurs ou de tiges et fleurs mélangées à parts égales avec le plantain ; une boule à thé pour une tasse, infusion 12 mn, filtrer et boire dans la journée.

Pour soigner le terrain :
Soutenir les glandes surrénales : Ribes nigrum, Rosa canine, et en huile essentielle (HE), sur prescription médicale : Satureja montana (sarriette) et Ocimum basilicum (basilique).
Soutenir le système neuro-végétatif :
par un régime d’épargne pancréatique (voir les modalités page 84) qui va temporiser l’hyper-réactivité ;
par les plantes : Lavande officinale (lavande), Thymus vulgaire (thym) en HE. Gentiane jaune : en TM ou EF (de 2 à 5 gouttes d’EF, ou de 25 à 50 gouttes de TM) à prendre dans l’eau avant le repas, à garder en bouche puis à avaler ;
Angélique archangélique : en tisane, TM ou HE. Attention à son action œstrogénique non négligeable.

Cet article est paru dans Sens & santé en mars-avril 2018.

Jean-Christophe Charrie est médecin généraliste. Il pratique une médecine préventive et intégrative, dont l’objectif est de rétablir les équilibres internes de l’organisme notamment par les plantes et l’alimentation. Il nous livre ses conseils pour traverser l’hiver en bonne santé.

Leave a Comment