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Les Lémuriens de Madagascar

L’île de Madagascar pourrait facilement être considérée comme une arche de Noé tant les espèces animales y sont nombreuses et endémiques. En effet, 75 % des plantes et animaux ne se voient nulle part ailleurs sur la planète. C’est le cas des étonnants lémuriens.



Comme beaucoup de primates, les lémuriens sont des animaux sociaux qui vivent en groupes. Pour maintenir la cohésion et l’entente au sein du clan, de nombreux comportements se sont développés. C’est le cas de l’épouillage mutuel qui est un acte d’hygiène mais aussi une forme de communication tactile. Les lémuriens ont la particularité de s’épouiller avec la langue et en passant les poils du pelage entre leurs incisives de la mâchoire inférieure transformée ainsi en peigne. Si l’épouillage permet d’éliminer les poils de parasites, il est aussi utile pour faire la chasse aux poussières et peaux mortes.


Ce sifaka de Decken (Propithecus deckenii) vit à l’abri de la canopée, dans la région de Tsimembo. Cette magnifique espèce au pelage blanc crème est pourtant classée par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) comme étant « en danger ».



De jour comme de nuit


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Si les espèces diurnes sont assez faciles à observer, les espèces nocturnes arrivent de scruter les espaces forestiers une fois le soleil caché sous l’horizon. D’autant que la plupart d’entre elles sont de petite taille. C’est le cas du phaner à fourche occidental (Phaner pallescens)classé en danger d’extinction (notre photo), dont le corps mesure de 23 à 30 cm avec une queue atteignant les 37 cm pour un poids de 300 à 500 grammes. Reconnaissable à sa rayure en forme de fourche partant du milieu du dos et finissant sur les yeux, cette espèce vit dans les forêts tropicales sèches jusqu’à une altitude de 800 m. Le phaner, pour se nourrir, est dépendant des arbres dont il lèche les exsudats de gomme. Il trouve sa nourriture en explorant l’écorce et la lèche les sèves suintant des crevasses au moyen de sa langue particulièrement longue. Régulièrement, il ouvre les galeries d’insectes placées à la surface des troncs grâce à l’adaptation morphologique de ses incisives et canines inférieures posées à l’horizontale. Comme pour les sifakas, ces dents lui servent aussi de peigne pour le toilettage mutuel.



Les gardiens de la forêt


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Comme la grande majorité des lémuriens, les lémurs à front roux méridional (Eulemur rufifrons) (notre photo), vivent en groupes familiaux qui ont besoin pour leur survie et leurs interactions sociales de grands espaces forestiers. Cette espèce diurne est extrêmement sensible à la dégradation de son habitat, menacée à la fois par la déforestation et le réchauffement climatique. En 2019, une étude scientifique publiée dans Changement climatique naturel a révélé que plus de 90 % de leur territoire aurait pu disparaître dans les cinquante prochaines années si rien n’est fait pour les ralentir. Ce qui le mettrait, du même coup, la survie des lémuriens en danger. Ou, pour les scientifiques, leur disparition « aurait probablement des effets en cascade sur la structure et l’intégrité de la forêt restante », car les lémuriens sont indispensables à la reproduction de plusieurs types d’espèces végétales. L’espèce est en effet arboricole et son régime alimentaire est constitué de feuilles, fruits, graines et fleurs. Occasionnellement, le lémurien à front roux ingère des invertébrés, notamment des mille-pattes, pour leurs propriétés et actions antiparasitaires sur leur système digestif et intestinal.



Du plus grand au plus petit…


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Totalement isolée dans l’océan Indien depuis la fin du crétacé (environ 84 millions d’années), la faune de Madagascar a eu tout loisir de se développer avec une originalité exceptionnelle. Les lémuriens n’ont pas échappé au phénomène. Et, s’il ne reste que des fossiles du plus gros lémurien répondant au doux nom d’Archéoindris et prétend présager un animal d’une taille supérieure à celle d’un gorille « dos argenté » avec un poids de 200 kg, son antagoniste, le plus petit primate du monde, est quant à lui toujours bien présent sur l’île. Le microcèbe de Madame Berthe (notre photo) pèse en effet 30 grammes et son corps mesure seulement 9 cm. Il appartient à la famille des Microcèbe et ressemble plutôt à un rongeur. Mais il n’en est rien. Nous sommes bien en présence d’un primate dont les mœurs nocturnes ont produit son observation et son étude particulièrement difficiles. Dans la région de Kirindy, Johanna Malsburg, doctorante au centre allemand d’étude des primates, travaille sur les capacités cognitives des espèces Microcèbe dans les forêts sèches de l’est de Madagascar. Ses équipes parcourent les forêts pour y prélever des spécimens qui, après deux jours passés au centre de recherche, retrouvent leur liberté, relâchés à l’endroit même où ils ont été recherchés.




Ambassadeurs de Madagascar


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Le sifaka de Verreaux ou propithèque de Verreaux (notre photo) est reconnaissable à son pelage blanc dense, sa calotte sombre et au noir de la peau de ses oreilles et de sa face. Ces lémuriens vivent en groupes de deux à 14 individus soumis à l’autorité d’une femelle dominante. Ces groupes restent compacts et chaque membre garde à tout moment le contact visuel avec ses congénères. Chaque année, les femelles donnent naissance à un unique petit. Celui-ci resta attaché pendant près de six mois au ventre de sa mère.


Les lémuriens sont aujourd’hui les ambassadeurs de Madagascar. Au point d’être devenu une ressource emblématique pour l’île et sur laquelle repose désormais une industrie de l’écotourisme en plein essor.




Sauveur le grand hapalemur


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Dans la région de Vohitrarivo, le programme Bamboo Lemur, développé par l’ONG française Helpsimus, protège depuis 2008 l’habitat du grand hapalémur (Prolémur simus) (notre photo), classé en danger critique d’extinction sur la liste rouge de l’UICN. Il développe de nombreux programmes sociaux et alimentaires pour les populations locales, dont l’expansion des cultures menace son habitat. Très pauvres, les locaux dépendent beaucoup des ressources naturelles pour leur alimentation et leurs matériaux de construction. En sensibilisant la population (notammant dans les écoles) à cette espèce et à la destruction du milieu et en lui proposant des solutions alternatives à l’exploitation des ressources naturelles, la directrice de l’association, Delphine Roullet, a su mobiliser les habitants autour de la préservation de cette espèce.



Infos : helpsimus.org/blog/project-bamboo-lemur.






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