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À Lorient, le restaurant Le Jardin Gourmand ouvre ses cuisines aux réfugiés – Lorient



Au restaurant Le Jardin Gourmand, à Lorient, se côtoie une joyeuse équipe, en salle ou en cuisine. Deux Afghans, un Malien et un Bangladais. Des jeunes aux parcours cabossés qui ont fui leur pays parce qu’en danger ou orphelin. Les dernières arrivées, Mino et Maso, 21 et 25 ans, ont été exfiltrées d’Afghanistan quand les talibans ont repris le pouvoir. La première est maquilleuse et sportive, la seconde est journaliste et a été primée pour un court-métrage sur la condition féminine. Elles sont une cible parce que les femmes mais aussi parce que d’origine hazara, une ethnie persécutée par les talibans majoritairement pachtounes. Elles sont arrivées en France grâce à la mobilisation des théâtres qui ont accueilli des réfugiés afghans en résidence. Mino et Maso ont été pris en charge par celui de Lorient. « Un appel a été lancé pour les hébergeurs, on a été touchés par leur situation et on avait de la place à la maison alors on les a reçues », raconte sobrement Arnaud Beauvais, sommelier au Jardin Gourmand.

Des parents de substitution

Avec sa femme, la cheffe Nathalie Beauvais, ils ont été accueillis, fin août, Maso et Mino comme leurs propres enfants. « Elles font maintenant partie de la famille ». Ils leur ont proposé de se servir de l’ancien restaurant. « On ne trouve pas de personnel français, ils ne répondent pas à nos offres alors que nous travaillons avec des réfugiés », explique Nathalie Beauvais. Elle épaule ces jeunes cuisiniers et serveurs du mieux qu’elle peut et leur fait aimer son métier. « Arnaud et Nathalie sont comme mes parents, sans eux je n’aurai jamais pensé à faire de la cuisine », affirme Mino. La jeune afghane est en scène et attend toujours un document lui permettant de commencer un contrat professionnel en cuisine. « J’adore cuisiner mais pour ma famille, des invités, je ne l’avais jamais fait dans un restaurant », sourit-elle. Elle mélange anglais et français mais comprend bien grâce aux cours à l’Université Bretagne Sud, à Lorient, et à la mobilisation des bénévoles. Celle qu’elle considère aujourd’hui comme sa sœur, Maso, un plus de mal à s’y faire. Elle devrait obtenir son A1, niveau de français indispensable pour pouvoir suivre une formation. « Le français c’est difficile… Je suis en salle parce que je n’aime pas la cuisine, je suis mauvais ! Avec les clients, je parle parfois anglais, ils sont un peu étonnés mais très gentils ».

De l’inspiration pour la cheffe Beauvais

Après quelques mois au domicile de Nathalie et Arnaud, Maso a pris son envol et a emménagé dans la colocation d’Enayeth, 19 ans, arrivé en France du Bangladesh en 2020. Il a fui les menaces de mort lié à un différend familial et a trouvé de l’apaisement dans les cuisines lorientaises. « J’ai commencé par un stage, je suis très intéressé par la cuisine traditionnelle. J’apprends beaucoup en organisation, en matériel et aussi en français », se réjouit le jeune cuisinier qui voit aussi Nathalie et Arnaud comme des parents. Il commencera bientôt un brevet professionnel et se voit bien titulaire d’un bac pro. Au restaurant, Enayeth a pris sous son aile, Sekou, 18 ans. Orphelin, il n’est jamais allé à l’école et était berger pour son oncle au Mali. La marche est plus haute pour le jeune africain mais il est volontaire. « Je fais toutes les fêtes, entrées, desserts. Je veux continuer », explique-t-il d’une petite voix. La présence de ces jeunes étrangers inspire beaucoup la cheffe Beauvais. « Ils ont la jeunesse, le dynamisme et, avec Maso et Mino à la maison, on mange différemment. Elle goûte petit à petit notre cuisine, elle n’aime pas le beurre mais adore les crêpes ! Avec eux, j’ai découvert le riz, que je ne travaillais jamais et je cuisine de façon un peu plus relevée », sourit la cheffe bretonne.

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