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L’ordre dans lequel on mange les aliments impacte-t-il notre niveau de glucose ?

Vous avez été nombreux à réagir aux propos de Jessie Inchauspé sur Europe 1 le 10 mai 2022. Selon elle, «Un repas peut avoir un impact complètement différent sur le glucose en fonction de l’ordre dans lequel on mange les aliments” .

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Malgré la présence d’études scientifiques à ce sujet, les avis des spécialistes sur la question divergente et la réponse ne semblent pas aussi tranchées.

Que disent les études ?

Nous avons contacté Jessie Inchauspé pour lui demander dans un premier temps les études auxquelles elle faisait allusion dans son interview sur Europe 1. Dans sa réponse, la titulaire d’un master en sciences (biochimie) nous cite cinq études : ICI, ICI, ICI , ICI et ICI. Elle nous invite également à nous rendre sur cette page de son site qui recense d’autres études.

De toute évidence, les études citées concluent que l’ordre dans lequel nous consommons les aliments lors d’un repas impacte le niveau de glucose (sucre) dans le sang. Selon les auteurs, les lipides et les protéines ingérées avant les glucides, responsables de la tolérance au glucose, principalement en retardant la vidange gastrique et en favorisant la sécrétion d’insuline. En d’autres termes, l’amélioration de la glycémie peut être obtenue en optimisant le moment de l’ingestion de glucides au cours d’un repas.

Les limites des études

Parmi les études citées, certaines reviennent plus que d’autres notamment sur les sites de nutrition (ICI ICI ou ICI) qui vendent les mérites de cette méthode d’alimentation : celles du Pr Alpana P. Shukla. Or, les études de la professeure du Weill Cornell Medical College de New York portent essentiellement sur des sujets atteints de diabète de type 2 (sous metformine – antihyperglycémiant), d’obésité ou de prédiabète.

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Nous avons donc contacté le Pr Alpana P. Shukla pour lui demander si les résultats de ses études pourraient également s’appliquer à une population saine en général. Elle nous répond : “Nous avons mené une autre étude chez des personnes en surpoids/obèses et à risque élevé de développer un diabète (c’est-à-dire un prédiabète). Nous avons constaté que la séquence de commande alimentaire/repas avait également un effet très significatif sur les niveaux de glucose dans cette population. Nous n’avons pas démontré les personnes en parfaite santé, il est probable qu’il y aura un effet, quoique moins significatif” .

Nous avons soumis la réponse de la professeure à Jessie Inchauspé qui nous déclare : «Comme on connaît le mécanisme sous-jacent, on sait que ceci va réduire le pic de glucose de tout le monde, diabétique ou non. Comme chez les diabétiques/prédiabétiques les pics sont plus gros, l’effet sera en effet plus marqué” .

Nous notons par ailleurs que lors de certaines études, les prises de lipides/protéines/glucides sont espacées chacune de 15 minutes en moyenne, ce qui ne correspond pas vraiment aux habitudes alimentaires d’une population occidentale. Pour en savoir plus, nous avons contacté Laurent Buhler, diététicien-nutritionniste et titulaire d’un DU “Lecture des Essais Cliniques”. Selon lui :

  • L’échantillon est restreint
  • Le contexte est “artificiel” dans le sens où il y a un délai complet de 10 minutes entre les deux prises alimentaires, ce qui ne correspond pas nécessairement à la façon dont les gens prennent leur repas dans la vraie vie (bien que les auteurs mentionnent leur protocole comme applicable au quotidien – ce qui reste à valider).
  • Contexte “artificiel” aussi car, c’est assez rare qu’on choisisse de manger les féculents en entrée puis d’attendre 10 minutes pour la suite du repas ; à la limite, ça peut s’appliquer au restaurant où on grignote du pain en attendant son plat. (un contre-exemple pourrait être la culture italienne dans laquelle on commence parfois le repas par un plat de pâtes – la prévalence du diabète et de l’obésité est-elle supérieure en Italie ?)
  • Les auteurs indiquent avoir vu une grande variabilité des réponses insuliniques («Cependant, la réponse à l’insuline, bien que plus faible, n’était pas significativement différente entre ces conditions de repas, probablement en raison des limitations de la taille de l’échantillon et d’une plus grande hétérogénéité des schémas de sécrétion d’insuline chez les personnes atteintes de prédiabète.s. ») – Étant donné que la variété attendue des réponses glycémiques et insuliniques, le choix de la durée sur laquelle est mesurée l’AUC a également son importance. On observe une différence jusqu’à 180 minutes, serait-ce encore le cas à 240 minutes ?
  • Comme dans l’autre étude, on ne dispose pas de critères cliniques car cela nécessiterait une étude beaucoup plus longue (au moins 3 mois pour observer une variation fiable de l’HbA1C par exemple et plus encore pour des critères type rétinopathie, neuropathie, micro -angiopathie)
  • Ces éléments présentent-ils un intérêt en population générale ? Pour quel bénéfice ? Étant donné qu’on ne le sait pas est-il légitime de l’affirmer sur une radio de grande écoute ?

Pour Laurent Buhler, conseiller ce qu’à peu près tout le monde fait déjà (entrée, plat, dessert) n’a rien de vraiment “révolutionnaire” . “Ce n’est pas la différence de réponse glucidique, qui est attendue relativement au protocole des études, qui est problématique, c’est le fait d’annoncer que cette différence de réponse aura un effet significatif sur la santé à long terme » .

Pour autant, dans son mail, Jessie Inchauspé maintenait ses propos en nous déclarant : «En évitant les pics et les creux de glucose, on réduit les fringales, la faim, les niveaux d’insuline, et ceci amène chez la plupart des gens une perte de poids. Un repas mangé dans le bon ordre réduira le pic, ce qui réduira le creux, ce qui réduira la faim avant le prochain repas (https://www.nature.com/articles/s42255-021-00383-x)” .

Vérification des faits

Affirmation : L’ordre dans lequel on mange les aliments impacte notre niveau de glucose.

Verdict : Partiellement vrai. Les études qui prouvent que l’ordre dans lequel on mange les aliments impactent notre niveau de glucose concernent une population précise et ont été réalisées sur des effectifs restreints dans des conditions bien particulières. Les effets sur une population saine ne sont pas aussi marqués que pour une population atteinte de diabète par exemple. Par ailleurs, le sujet ne semble pas faire l’unanimité chez certains spécialistes.


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