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Variole du singe : la souche initiale du virus apparue en Europe aurait déjà muté 50 fois, les chercheurs donnent l’alerte sur le risque de propagation

L’agent pathogène à l’origine de l’épidémie actuelle de monkeypox ou variole du singe a muté de manière étonnamment forte, selon une étude menée par des membres de l’Institut national de la santé à Lisbonne, au Portugal.

Depuis son apparition en Europe en 2022, on en sait désormais un peu plus sur l’épidémie de variole du singemais au fur et à mesure des avancées scientifiques, la comparaison avec le Covid-19 devient de plus en plus préoccupante, notamment dans la façon dont ce virus de variole se transforme et se propage.

Pour commencer, l’agent causal de la variole du singe est donc le virus variole du singe de la famille des poxvirus, ONU groupe très important qui regroupe les virus de la variole humaine et des autres varioles animales. “Pox” est le pluriel de “pock” qui en anglais signifie “pustule”.

On parle ainsi de la variole du “singe” car le virus a été découvert en 1958 chez des singes de laboratoire mais il s’agit plutôt d’un virus variolique hébergé par des rongeurs comme les écureuils et les gros rats d’Afrique comme le Rat de Gambie. “Ce virus ressemble à celui de la variole sur le plan clinique mais le monkeypox est dû à un poxvirus différent du virus de la variole”, explique l’OMS. Le premier cas humain a été détecté en 1970, en République démocratique du Congo chez un enfant vivant dans une région où la variole avait été éliminée depuis 1968. On connaît deux souches de variole du singe :

La souche Congo ou souche d’Afrique centrale (la plus virulente) et la souche d’Afrique occidentale (moins virulente qui semble être celle retrouvée dans les cas actuels).

Concernant les cas 2022, “les données préliminaires des tests PCR indiquent que les souches de virus monkeypox détectées en Europe et dans d’autres zones non endémiques appartiennent au clade ouest-africain”là où le virus est initialement apparu, a précisé l’OMS le 4 juin.

Sauf que ce virus à l’origine de cas récents de variole du singe dans le monde semblerait muer plus rapidement que prévu selon une nouvelle étude publiée ce vendredi 24 juin dans la revue médicale Nature Medicine.

L’un des auteurs de l’étude, le scientifique João Paulo Gomes de l’Institut national portugais de la santé à Lisbonne, a déclaré que le monde était désormais confronté à une épidémie “causée par un virus qui présente [beaucoup] plus de mutations en comparaison à ce type de virus”.

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Et selon les derniers éléments de recherche rapportés par l’agence Europa Press, le fait que le virus se propage de manière active d’une personne à l’autre, signifierait aussi une mutation importante de la souche initiale.

Et le chercheur d’ajouter : “Il était assez inattendu de trouver autant de mutations dans le virus monkeypox 2022. En fait, compte tenu des caractéristiques du génome de ce type de virus, pas plus d’une ou deux mutations ne sont susceptibles d’émerger chaque année.

Ou, l’équipe de chercheurs a en effet observé environ 50 mutations de la souche. C’est environ six à 12 fois plus que la normale pour ce type d’agent pathogène. Ce processus pourrait être le signe d’une évolution accélérée.

“Nos données disponibles des indices supplémentaires sur l’évolution virale en cours et l’éventuelle adaptation humaine», déclare le microbiologiste João Paulo Gomes, qui a dirigé l’étude.

Les experts soupçonnent également que des enzymes du système immunitaire humain sont responsables de ces modifications du génome.

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Les chercheurs ajoutent toutefois qu’il n’y a aucune indication avérée permettant d’affirmer que les mutations ont favorisé la propagation actuelle, sans pour autant l’exclure. De nouvelles recherches vont permettre d’en savoir plus mais déjà les premiers résultats poussent à l’inquiétude.

“Ces modifications génétiques semblent être liées à des adaptations au nouvel hôte (l’être humain, puisque l’hôte naturel du virus est différent des rongeurs et autres petits mammifères) dans une zone non endémique, prévient la même source. C’est la raison pour laquelle les auteurs de l’étude soupçonnent qu’une ou plusieurs introductions de mutations de ce virus seraient à l’origine de l’épidémie actuelle. Les événements grand public et les voyages à l’étranger semblaient avoir favorisé une nouvelle poussée de la mutation du virus.

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Dans le monde, près de 5 000 infections à la variole du singe ont été signalées cette année. Parmi ceux-ci, 3 308 cas ont été signalés dans 40 pays hors d’Afrique en date du mercredi 22 juin, selon les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis. “Bien que l’extension de l’épidémie de variole du singe ne soit pas aussi rapide ni aussi étendue que celle du SRAS-CoV-2, nous sommes confrontés à un nouvel exemple d’une infection émergente qui peut se propager rapidement dans le monde et qui doit être stoppée dès que possible pour prévenir des conséquences plus graves. La surveillance génomique de ces agents pathogènes constitue l’outil le plus pertinent pour atteindre cet objectif “terminer le chercheur.

Une déclaration forte dans un contexte sanitaire sensible. C’est ce vendredi que l’OMS (Organisation mondiale de la Santé) doit se prononcer sur le niveau de vigilance à adopter vis-à-vis justement du virus de la variole du singe dans le monde. L’urgence sanitaire mondiale, signe de l’émergence d’une pandémie pourrait être décrétée ce vendredi. Et les éléments de cette étude semblent bien confirmer les craintes sur l’évolution de l’épidémie.

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