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Covid : “La pandémie a permis de révéler tout le potentiel de la technologie à ARN messager”

Sandra Fournier, la directrice générale de Moderna France se confie sur l’histoire de la société, sur le Covid et aussi sur le formidable espoir que suscite la technologie à ARN messager sur bon nombre de pathologies.

Comment la société Moderna a-t-elle pu produire un vaccin en si peu de temps ?

Moderna existe depuis 2010, Stéphane Bancel, le président général qui est d’ailleurs un Marseillais, a rejoint la société en 2011 et depuis, les chercheurs de Moderna ont travaillé sur la technologie à l’ARN messager. Ils ont vraiment fait le pari à l’époque de cette technologie.

La Covid a permis de révéler tout le potentiel de la technologie à l’ARN messager sur lequel nous travaillons depuis une dizaine d’années déjà.

Nous avions acquis une telle expertise, un tel savoir-faire que finalement en janvier 2020, lorsque le séquençage du virus responsable de la Covid a été dévoilé, il nous a juste suffi de rappeler ce code de séquençage sur notre plateforme et en 42 jours, nous avons réussi à produire notre premier lot de candidat-vaccin pour les essais cliniques.

Début 2020, nous étions seulement des chercheurs. Et en quelques mois, ça a été le déroulement des tests, les essais cliniques, une autorisation de mise sur le marché, puis la commercialisation de notre premier produit. Nous avons aussi dû construire notre première usine de fabrication, de production.

Nous avons réussi à produire et à livrer en 2021, 807 millions de doses de notre vaccin dont 25 % ont été à destination des pays à faible et moyen revenus.

Et cette année, notre objectif est d’en produire entre 2 et 3 milliards de doses de vaccin.

Sur cette production de vaccins justement, allez-vous adapter le vaccin aux nouvelles variantes ?

Il faut savoir que la dose de rappel du vaccin Moderna est moins dosée car la quantité réduite de moitié du principe actif dans le rappel est suffisante pour rebooster le système immunitaire.

Notre plateforme nous permet d’adapter les candidats-vaccins en permanence. Depuis le début de la pandémie, nous avons pu travailler sur des candidats de rappel et sur les variantes qui émergeaient.

Pour la rentrée, nous préparons un candidat-rappel bivalent dans lequel il y aura deux brins d’ARN messager : un brin qui code pour la souche ancestrale et un brin qui code pour le variant Omicron, pour avoir une efficacité sur l’ensemble des variantes.

Pensez-vous qu’il y aura donc d’autres doses de rappel puisque vous en préparez ? Et est-ce que cela vous semble utile ?

Ce n’est pas notre ressort, notre objectif, c’est vraiment de regarder au quotidien l’évolution du virus, comment il muet, d’être vigilant quant à l’émergence de nouveaux variants et d’adapter nos candidats-vaccins en permanence et de les mettre en essais cliniques ainsi que de pouvoir générer des données d’efficacité et de tolérance.

C’est ensuite aux pouvoirs publics, au gouvernement de prendre la décision de savoir s’ils veulent mettre en place par rappel annuel et si oui pour quel type de population.

Le virus, il muet, il évolue, donc en mutant et en évoluant, il continue à exercer une pression sur notre système immunitaire. Donc avoir un rappel régulier de manière à rebooster notre système immunitaire, c’est important.

Qu’est-ce que vous répondriez aux gens qui sont sceptiques sur le vaccin et justement de cette “nouvelle technologie” de l’ARN messager ? Même si elle n’est pas nouvelle…

Les recherches sur l’ARN messager existent depuis 50 ans. La technologie ARNm n’est pas sortie du chapeau. Et nous chez Moderna, cela fait 10 ans que nous travaillons dessus et nous avons vraiment acquis une expertise.

Ensuite, aujourd’hui, vous avez des centaines de millions de personnes qui ont été vaccinées avec cette technologie à l’ARN messager à travers le monde, cela a généré énormément de données.

Pour ce qui concerne notre vaccin Moderna, près de 700 millions de personnes ont été vaccinées à travers le monde et toutes les données confortent le fait que notre vaccin est sûr, efficace et bien toléré.

Il faut aussi préciser que l’ARN messager, c’est une molécule d’information. Donc déjà par rapport aux autres types de vaccins, vous n’injectez pas un combat du virus. Vous donnez une information à votre organisme.

L’ARN messager va délivrer une information à votre organisme pour que ce dernier fabrique la protéine Spike, la signature caractéristique du virus responsable de la Covid et il va commencer à fabriquer des anticorps neutralisants.

Et pour rassurer les personnes sceptiques, les vaccins à ARN messager, en quelques jours, il n’y a plus aucune trace du vaccin dans l’organisme.

La levée des brevets sur les vaccins décidée par l’OMC vous inquiète-t-elle ?

Moderna a mis dix ans à acquérir cette expertise. C’est une technologie extrêmement complexe. Notre candidat-vaccin contre le Covid nécessite plus de 600 ingrédients. Aujourd’hui, il n’y a que deux laboratoires qui maîtrisent cette expertise et qui sont capables de produire en quantité de manière à couvrir le monde.

Je ne pense pas que la levée des brevets va changer quelque chose.

Combien de personnes ont été vaccinées par Moderna ?

Dans le monde, je pense que c’est près de 700 millions.

En France, 6,5 millions de personnes ont été en primo-vaccination et environ 12 millions ont reçu le rappel. Ce qui monte le nombre de doses administrées en France à environ 26 millions.

Moderna travaille également sur d’autres vaccins comme celui en préparation contre le VIH, le virus responsable du Sida ?

Nous avons deux candidats-vaccins contre le VIH qui sont tous les deux en phase 1. Donc c’est vraiment au tout, tout début.

L’objectif du premier essai va être de voir si le fait d’administrer de l’ARN messager va entraîner la production d’anticorps neutralisants. Quant au deuxième, il est conçu pour évaluer la sécurité et l’immunogénicité des vaccins à ARN messager ciblant l’enveloppe du VIH.

Je suis très heureuse de voir qu’il y a un nouvel espoir qui apparaît avec ces deux candidats-vaccins. Surtout qu’on a toujours environ 170 000 personnes en France qui vivent avec le VIH.

En ce qui concerne le cytomégalovirus ?

Quand la Covid est arrivée, le premier candidat-vaccin que nous pensions en fait commercialiser était celui contre le cytomégalovirus.

Nous travaillons beaucoup sur les virus latents. Pourquoi on s’intéresse aux virus latents ? Parce que ce sont des virus, quand vous êtes contaminés, ils restent dans votre corps et un jour vous avez une baisse de l’immunité et du coup ils peuvent être réactivés.

Le cytomégalovirus est un des virus les plus dangereux pour la femme enceinte, parce que c’est l’une des causes principales de malformations congénitales chez les nouveau-nés.

Nous avons également d’autres candidats-vaccins sur d’autres virus latents : la mononucléose, la varicelle et le zona et l’herpès.

Sur combien de vaccins travaillez-vous actuellement ?

Nous avons 46 candidats vaccins en développement sur notre plateforme. Nous avons des traitements personnalisés contre le cancer, nous avons également des solutions thérapeutiques dans les maladies rares.

Donc le champ des possibles est gigantesque ! Moi, je suis persuadée que cette technologie d’ARN messager va révolutionner le monde de la médecine ! Nous en sommes qu’au début de l’histoire de l’ARN messager.

Finalement le Covid va permettre de servir la recherche, sans ça Moderna ne pourrait pas travailler sur de tels projets ?

Tout à fait. Nous avions quand même une vingtaine de candidats-vaccins, il y a deux ans, aujourd’hui nous en avons 46. Il y avait 800 chercheurs au début de la pandémie contre plus de 3 000 employés aujourd’hui.

Et effectivement nous avons réinjecté un tiers du chiffre d’affaires généré l’an dernier dans la recherche et le développement.

Donc ça a permis de faire accélérer considérablement cette recherche sur notre technologie à ARN messager et de faire avancer les candidats-vaccins dans d’autres domaines.

Cela va nous permettre également de construire des usines : on a annoncé qu’on allait construire une usine de productions au Canada, en Australie, au Kenya.

Nous avons également tout un programme de santé publique, où nous nous sommes engagés à faire avancer les programmes de recherches pour mener en essai clinique les 15 virus qui sont jugés perturbés par l’OMS, comme Ebola, virus Crimée-Congo….

Nous pourrons ainsi répondre de manière beaucoup plus rapide à d’éventuelles pandémies qui pourraient arriver.

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