Variole du singe : jusqu’où l’épidémie peut-elle aller ?

À première vue, c’est un scénario sanitaire qui en rappelle d’autres, et pas donc les plus réjouissants : quelques cas épars tout d’abord, puis un nombre de contaminations qui, de jour en jour, se met à grandir et fini par se compter en centaines, voire en milliers.

Ce scénario, c’est celui qu’a pour l’instant suivi l’épidémie de variole du singe, cette maladie provoquant des éruptions cutanées. Début mai, elle a gagné l’Europe après avoir été longtemps circonscrite à l’Afrique.

« On ne s’attendait pas à ce que cela prenne une telle ampleur »

Mais que prévoit exactement la suite du scénario ? Jusqu’à quel niveau le nombre de cas va-t-il grimper ?

La question se pose puisque, pour le moment, la dynamique de l’épidémie, ne montre aucun signe d’essoufflement. Au contraire. En France, le nombre de cas est ainsi passé de 17 à la fin du mois de mai à 1 567 au 21 juillet 2022 . La moitié de ces cas ont été traduits en Île-de-France.

Le nombre de cas de variole du singe dans chaque région française, au 21 juillet 2022. | INFOGRAPHIE OUEST-FRANCE

Lundi 26 juillet, François Braun, le ministre de la Santé, indiquait même que la barre des 1 700 cas avaient été atteints.

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« On ne s’attendait pas à ce que cela prenne une telle ampleur, confie Christophe Batéjat, responsable adjoint de la Cellule d’intervention biologique d’urgence de l’Institut Pasteur. Jusqu’à présent, les épidémies de variole du singe ont entraîné beaucoup moins de cas. Au début de cette épidémie, on tablait sur 200 ou 300 cas en France… »

Le virus pour le moment cantonné à une communauté bien identifiée

Mais, si cette progression du nombre de contaminations est donc, sous certains aspects, spectaculaires et inédits, il n’en reste pas moins qu’elle répond à une certaine logique.

D’abord parce que « les épidémies ont toujours un coup d’avance », rappelle Mathieu Revest, professeur au service des maladies contagieuses du CHU de Rennes. En effet, « les premiers cas ne sont pas détectés et les diagnostics ne sont pas évidents à faire immédiatement », rappel-t-il. Au début d’une épidémie, le virus se propage donc toujours à bas bruit.

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Par ailleurs, cette fois-ci, le virus de la variole du singe, qui se transmet par contact rapproché, « est arrivé (en Europe) chez des personnes qui avaient beaucoup de contacts très étroits avec beaucoup de personnes »résume Mathieu Revest.

Cela a créé d’importants clusters initiaux, notamment dans une partie de la communauté homosexuelle « extrêmement active sexuellement », rappelle Christophe Batéjat. Au final, le virus s’est donc propagé à bas bruit et très rapidement.

Une épidémie qui peut être endiguée

Paradoxalement, si cela a favorisé la diffusion initiale du virus, le fait que l’épidémie touche plus particulièrement cette communauté peut laisser penser que le contrôle de l’épidémie s’en trouvera facilité.

« C’est une communauté qui est au fait des risques liés aux rapports sexuels avec des partenaires multiples sans utilisation de protection, et qui est donc tout à fait prêt à mettre en place des mesures de prévention »explique Matthieu Revest. « Et les associations LGBT ont été très proactives » en la matière, indique-t-il.

Par ailleurs, rappelle Christophe Batéjat « le haut niveau de détection des cas est lié au fait que cette population est sensibilisée aux infections sexuellement transmissibles et habituelle à se contrôler. ».

De fait, un scénario où apparaîtraient des dizaines de milliers de cas en France reste « très peu probable »selon Mathieu Revest.

« C’est une épidémie qu’il faut prendre à bras-le-corps pour éviter un raz de marée mais il y a fort à parier que les mesures mises en place ou qui pourraient l’être à l’avenir permettent de contrôler les choses », assure le chercheur rennais.

Parmi les mesures évoquées par le chercheur rennais : la vaccination des publics à risques, qui devrait s’accélérer dans les prochains jours avec la future mise en place d’un centre de vaccination en Île-de-France.

Des doses de flacons de vaccin contre la variole du singe, dans un centre de vaccination de Chicago (Illinois, États-Unis), le 25 juillet 2022. | ERIC COX / REUTERS

Toutefois, même si la dynamique future de l’épidémie reste difficile à estimer, notamment du fait de cette « transmission communautaire assez inhabituelle »Christophe Batéjat estime « possible que l’on dépasse les 3 000 cas » en France.

Faudra-t-il, là aussi, « vivre avec le virus » ?

Le nombre de contaminations devrait donc continuer à grimper mais, au final, « on a bon espoir de maîtriser cette transmission et de se débarrasser de la maladie », indique le chercheur de l’Institut Pasteur. Pas besoin donc, d’apprendre « à vivre avec le virus ». À moins que…

« Ce qui pourrait poser problème, c’est qu’il y ait un réservoir animal qui se crée, car il n’y en avait pas jusque-là en Europe, rappel-t-il. C’est ce qui s’est passé aux États-Unis, où il y a désormais des cas autochtones. Mais malgré tout, on reste avec des épidémies très protégées aux États-Unis. »

Une urgence de santé publique internationale, vraiment ?

Alors, considérant l’optimisme des chercheurs au sujet d’une maladie contrôlable et très peu létale, comment expliquer que l’OMS ait décrété que la variole du singe constituait une « urgence de santé publique de portée internationale » ?

« L’Oms est parfaitement dans son rôle »indique Matthieu Revest. « Il y a effectivement une diffusion internationale d’une maladie jusque-là circonscrite à un continent » qui légitime ce placement, « mais ça ne présage pas de la gravité des choses ».

Néanmoins, rappelle Christophe Batéjat, cette décision « à des bons et des mauvais côtés » : « Elle risque de stigmatiser et de provoquer des réactions vis-à-vis de cette communauté mais elle a l’avantage de pousser les pays à bien adapter leur surveillance à ce virus et à sa circulation. » Une surveillance qui, tout de même reste nécessaire pendant encore quelque temps.

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