La grippe aviaire en voie d’endémisation parmi la faune sauvage

« On est mal barrés avec la grippe aviaire. » Dans les allées du Space, le Salon international de l’élevage, qui s’est tenu à Rennes du mardi 13 au jeudi 15 septembre, l’épidémie d’influenza aviaire, qui a touché durant l’été plusieurs élevages du grand ouest de la France, a été l’un des principaux sujets de préoccupation avec la sécheresse et les conséquences de la guerre en Ukraine.

Lors des tables rondes et sur les stands des interprofessions, de l’Institut technique de l’aviculture (Itavi) ou de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses), les éleveurs pressent les intervenants de questions : l’ épizootie va-t-elle s’intensifier ? Devront-ils tester plus régulièrement les animaux ? Pourra-t-on compter sur un vaccin ?

Officiellement, en France, le niveau de risque est classé comme « négligeable ». Mais en cette fin d’été, la situation est inédite à de nombreuses prévisibles. Sur les littoraux européens, une mortalité nouvelle a été constatée en juillet-août chez des oiseaux marins (mouettes, goélands, fous de Bassan), mais aussi à l’intérieur des terres, parmi des oiseaux terrestres, comme les hérons. Les analyses ont confirmé que ces volatiles étaient bien infectés par le virus H5N1.

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Jusqu’en 2021, c’étaient les migrations hivernales de l’hémisphère Nord vers le sud qui transportaient les virus aviaires. Cette fois, des espèces sédentaires sont contaminées et provoquent des infections dans les élevages en dehors de la saison des migrations. Des zones jusque-là relativement épargnées, comme la Bretagne, sont désormais très exposées, avec un risque élevé du fait de la densité des exploitations.

Les oiseaux sauvages touchés

Autre particularité : loin de se cantonner aux palmipèdes, hôtes classiques des virus aviaires, la lignée de H5N1 qui circule cette année touche toutes les espèces avicoles – dindes, poulets de chair, coqs. Et le phénomène ne connaît pas de frontières. Aux Etats-Unis, 45 millions de volailles ont été infectées depuis janvier, contre 46 millions en Europe (dont 19,2 millions en France et 13,8 millions en Italie). Pour Maxime Quentin, directeur scientifique de l’Itavi« avec un virus extrêmement mouvant et adaptable, on est passés d’une épizootie à une panzootie », c’est-à-dire à une situation sanitaire mondiale.

« L’ampleur des constats sur le terrain a de quoi s’inquiéter. Il n’y a plus de notion de période à risque ou d’espace à risque, on voit des menaces d’introduction du virus partout sur le territoire. Cela change la donne », estime Jean-Luc Guérin, professeur à l’Ecole nationale vétérinaire de Toulouse et directeur de laboratoire de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae).

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