l’Europe confrontée à « la plus importante épidémie manifestée à ce jour »

C’est « l’épidémie [de grippe aviaire] la plus importante révélée à ce jour en Europe ». Dans un bilan publié lundi 3 octobre, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) confirme que la saison 2021-2022 a été hors norme à plusieurs prévisibles. Sur la période de juin à septembre, l’EFSA fait état d’un « nombre sans précédent de détections du virus de l’influenza aviaire hautement pathogène chez des oiseaux sauvages et domestiques ». L’été a notamment été marqué par une « persistance inhabituelle du virus chez les oiseaux sauvages » montré dans quinze pays européens. Des foyers mortels ont été constatés parmi des colonies de reproduction d’oiseaux de mer (mouettes, goélands, fous de Bassan…) sur les littoraux européens, tout particulièrement en France, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni.

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Or, la période estivale est normalement celle de l’accalmie pour la circulation du virus de l’influenza aviaire, qui se diffuse traditionnellement lors des phases de migrations d’oiseaux sauvages du nord vers le sud. Conséquence de cette saisonnalité bousculée et de la persistance du virus parmi la faune sédentaire : les élevages n’ont pas été épargnés durant l’été, alors qu’ils ont déjà connu une épidémie particulièrement virulente au premier semestre de 2022. Au total, 47 millions de volailles ont dû être abattues en Europe cette année, dont 16 millions en France. Après un hiver et un printemps noirs, la période juin-septembre a vu « le nombre de foyers épidémiques chez les oiseaux domestiques diminue par rapport aux mois précédents, mais il était plus de cinq fois supérieur par rapport à la même période l’année précédente »poursuit l’EFSA.

Transmissions aux mammifères surveillés

Autre fait notable, selon l’agence européenne : « La portée géographique de l’épidémie de cette année est sans précédent, avec des cas signalés allant des îles Svalbard, en Norvège, au sud du Portugal et aussi loin à l’est que l’Ukraine, affectant au total trente-sept pays du continent européen. » Ce même virus H5N1 a également traversé l’Atlantique à l’automne 2021 et entraîné un niveau de contaminations inédit en Amérique du Nord. En France, des zones jusqu’alors relativement épargnées se retrouvent cette année en première ligne, notamment la Bretagne, avec un risque de diffusion entre élevages élevés, du fait de leur forte densité.

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Enfin, l’épidémie a pour particularité cette année d’être dominée par un sous-groupe de virus H5N1, le clade 2.3.4.4b, identifié pour la première fois aux Pays-Bas en octobre 2020. Ces virus étant très propices aux réassortiments , plusieurs génotypes circulent, dont certains sont apparus très récemment depuis juin. Les capacités d’adaptation de ces virus sont ainsi une des pistes d’explication de leur persistance durant l’été. Les autorités sanitaires surveillent particulièrement les transmissions aux mammifères, le virus ayant été détecté cette année chez de nombreuses espèces (renards, blaireaux, putois, lynx, marsouins, loutres, phoques, dauphins, ours bruns…). Aucune diffusion entre mammifères n’a toutefois été constatée. Quant au risque de transmission à l’homme, il est jugé faible en population générale par l’EFSA, et faible à moyen pour les personnes intervenant professionnellement dans les élevages.

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