Ariège : il avait gravé 1113 vulves dans la roche, l’œuvre d’un artiste vandalisée

l’essentiel
Un artiste ariégeois du nom de Claudius de Cap Blanc a vu son œuvre d’art, le Jardin du Vulvolithique, qu’il a construit depuis quinze ans, être vandalisé durant le mois d’octobre. Problème : il avait installé ses œuvres sur le domaine de l’État. L’Office national des forêts l’a mis en demeure de tout enlevé.

Claudius du Cap Blanc est en colère. Cet artiste, bien connu en Ariège, a vu son œuvre de quinze ans être dégradée durant le mois d’octobre. “Au lieu-dit Béthylac exactement, non loin du Picou”, précise-t-il. Un endroit qui se trouve sur les hauteurs du Prat d’Albis, sur la commune de Ganac, au-dessus de Foix. Nous sommes à environ 1500 mètres d’altitude.

Il appelle son oeuvre le “Jardin du Vulvolithique”

Cet ensemble d’œuvres d’art, Claudius l’a appelé le “Jardin du Vulvolithique”. “C’est un lieu dédié au Grand Féminin. Cela existait au Paléolithique. Je n’ai fait que reprendre ce que d’autres hommes avaient fait avant moi.” Au total, Claudius recense dans cet espace 1113 gravures de vulves (ou “vulvogravures”), 69 arbresses (que l’ONF traduit par “constructions par empilement”), un arbre-phare (renommé “totem”), une arbresse à fruits lithiques à 25 branches supportant 45 fruits vulviens, un petit panthéon des Dames, un monument aux vivantes et une centaine de “sentinelles”, des pierres gravées d’une vulve sur des rochers.

1113 vulves ont été gravées par l’artiste sur la roche.
RD

“Certaines plaques du panthéon des Dames sont en hommage aux féministes du XIXe siècle Louise Michel et de la Révolution Olympe de Gouges, originaire de Montauban (Tarn-et-Garonne), ou encore Rosa Parks, la célèbre femme noire qui a refusé de céder sa place dans un bus à un homme blanc durant la Ségrégation raciale aux États-Unis.” Mais aussi les cent mille “sorcières” brûlées par l’Inquisition, les Femen…

Mis en demeure de détruire ses constructions

Problème d’importance : les lieux ne lui appartiennent pas. “La parcelle dans laquelle vous opérez illégalement appartient au domaine privé de l’État, gérée par l’Office national des forêts (ONF), explique l’organisme dans une mise en demeure datée du 13 juillet 2022. Les constructions et gravures réalisées portent atteinte à l’intégrité de l’habitat naturel et constituant une dégradation du bien d’autrui. Le directeur de l’agence exige donc que l’artiste remette en état le site à ses frais dans les deux mois qui suivent ce courrier.

Refus catégorique et écrit de Claudius. “Je ne compte pas démonter, couper, évacuer quoi que ce soit. Je me situe dans un tout autre registre que celui de la destruction, assène-t-il. Je compte bien au contraire défendre l’intégralité et l’intégrité de cette œuvre dont je revendique la propriété intellectuelle.” Claudius plaide pour l’implantation de panneaux de mises en garde, “comme on en trouve aux châteaux de Roquefixade, Montségur, Miglos, Lagarde ou Lordat”. Conscient malgré tout des poursuites éventuelles dont il pourrait faire l’objet, Claudius de Cap Blanc a découvert : “Je suis prêt à répondre devant la loi de tout ce qui m’est reproché et à m’en défendre, quel qu’en puisse être le prix.”

Des dégradations constatées, un “véritable saccage”

Malheureusement pour notre artiste, son Jardin du Vulvolithique a été dégradé. “Cela s’est passé entre le 6 et le 20 octobre. Une ou plusieurs personnes ont mis de la peinture blanche sur mes œuvres, ont aussi détruit les arbres que j’avais construits. C’est un véritable saccage !”, s’ emporte-t-il. Prévoyant, Claudius de Cap Blanc dégaine son appareil photo pour immortaliser les méfaits qu’il a constatés, afin de donner des suites judiciaires à cette affaire.

Mais il déchante lorsqu’il se rend au commissariat. “Les agents ont refusé de prendre mon dépôt de plainte, puisque le terrain ne m’appartient pas. J’ai donc décidé de laisser tomber cette voie-là.”

À ce jour, les constructions de Claudius n’ont pas été déménagées. Mais passé le délai de deux mois de la mise en demeure de l’agence, “les services de l’Office national des forêts se réservent la possibilité de procéder à la remise en état du site à vos frais”, explique le courrier. Le Jardin du Vulvolithique pourrait donc vivre ses derniers jours…

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