Lot-et-Garonne : “L’euthanasie est pour moi plus rassurante” témoigne d’une femme atteinte d’un cancer

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Atteinte d’un cancer, MCS ne peut plus quitter son lit. Elle a écrit ses directives anticipées pour demander l’application de la loi Claeys-Leonetti. Elle explique pourquoi elle aurait préféré choisir sa fin de vie.

“Qu’importe ! Le principal est que ce soit fait proprement et que ce soit vite fait.” Au téléphone, la voix de MCS ne tremble pas même si certaines intonations et respirations laissent entrevoir la souffrance. La pensée est claire. Le caractère défini. Il n’est pas midi. L’infirmière n’est pas encore arrivée pour s’occuper de ses plaies.

MCS – elle souhaite que seules ses initiales présentées – vient de nous confier que, pour elle, il est maintenant trop tard pour se rendre en Suisse où le suicide assisté est légal. Nous lui avions demandé pourquoi plus la Suisse que la Belgique où il faut s’appuyer soi-même sur la seringue. “Qu’importe ! Le principal est que ce soit fait proprement et que ce soit vite fait”, at-elle donc répondu.

MCS a 71 ans. Sans jamais verser dans le pathos, elle décrit sa situation alors que la 15e Journée mondiale pour le droit de mourir dans la dignité à lieu mercredi 2 novembre. Elle habite au Passage dans la même maison, celle de ses parents, depuis 67 ans. Elle a été professeure d’anglais “en présentiel 10 ans puis au Cned pendant 27,5 ans”. Elle a toujours voulu être totalement indépendante. « C’est pour ça que je n’ai jamais voulu être mariée ».

“Je dois rester au lit tout le temps”

En 2010, elle est atteinte d’un cancer du sein. Elle refuse de soigner. Elle assume. Elle explique ce qui, à l’époque, a motivé sa décision. “Quand les gens mourraient d’un cancer, je me demandais s’ils étaient morts du cancer ou des traitements. Je voulais conserver mon système digestif. Je ne regrette pas mon choix.”

Il y a trois ans, le cancer se manifeste violemment. Une hémorragie. Direction les urgences. Depuis cette hospitalisation, elle a recours aux infirmières pour effectuer les soins qu’elle prodiguait elle-même, comme nettoyer ses plaies. “J’ai pu mener une vie assez normale jusqu’à il ya peu.”

En mars, elle rejoint les soins palliatifs. Elle a le bras enflé. Les plaies se sont étendues. “C’était extrêmement douloureux, à crier en pleine nuit.” Elle est remise sur pied. Et puis il y a un mois, elle chute sans comprendre pourquoi. Elle songe à petite anémie mais elle retombe deux fois dans la même semaine. Le diagnostic du médecin des soins palliatifs est sans appel : le centre nerveux est atteint.

“Pour la personne malade, l’euthanasie est plus rassurante”

“Aujourd’hui, en HAD (Hospitalisation à domicile), je dois rester au lit tout le temps. Je ne peux me lever que si quelqu’un me tient la main.” Elle souhaite d’ailleurs rester chez elle le plus longtemps possible. Une pièce qui servait de débarras a été aménagée en chambre grâce à des précieux amis.

Avec Internet et le téléphone, elle arrive “à tout orchestrer”, à créer les aides ménagères, les infirmières, les veilleuses de nuit. “Ma vie est encore possible ici. Quand elle ne le sera plus, j’irai à l’hôpital. J’ai écrit mes directives anticipées pour demander l’application de la loi Clayes-Leonetti.”

Cette loi Clayes-Leonetti n’est cependant pas satisfaisante selon elle. Elle évoque la sédation profonde. “Combien de temps, ça dure ? 5 jours pour certains. C’est angoissant. Je ne veux pas souffrir, je veux être indépendant. Le système Suisse est moins hypocrite que la France. Nous sommes en retard. Pour la personne malade, l ‘euthanasie est plus rassurante.” Elle qui a fait des choix toute sa fin aurait préféré en faire un ultime, et sans doute le plus important : celui de sa fin de vie.

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