À la recherche parfaite de la boîte de prêt-à-cuisiner

La charge mentale qui vient avec l’organisation des repas, l’achat des aliments et la préparation des recettes pèse souvent lourd dans nos vies trop remplies. Même quand on éprouve du plaisir aux fourneaux. En théorie, le concept des boîtes de prêt-à-cuisiner offre donc une solution formidable.


En pratique, cependant, le concept ne séduit pas tout le monde.

Les critiques et les réticences les plus acceptées concernent la quantité d’emballages, le prix et le principe de l’abonnement.

Les fermes Lufa, dont les légumes poussent sur des toits d’édifices en pleine ville, ambitionnent de répondre en partie à ces préoccupations légitimes avec leur offre de prêt-à-cuisiner. Une première tentative, en 2018, avait pris fin rapidement, car l’entreprise manquait de ressources.

Les clients ont déjà accès à quelques recettes en ligne depuis des mois. Il s’agit essentiellement de tests. Les commentaires ont permis de faire des ajustements avant que le prêt-à-cuisiner soit mis en valeur sur le web. Jusqu’ici, la catégorie appelée « recettes de saison » était « cachée dans le marché ». À compter de ce vendredi, ce ne sera plus le cas, m’a annoncé le directeur des achats Frédéric Leblond.

Mais en quoi ces boîtes-repas se distinguent-elles de celles des concurrents Cook it, HelloFresh et Goodfood ? La plus grande différence se trouve dans ce qu’elles ne contiendront pas : des ingrédients portionnés.

L’idée est de réduire à néant la quantité d’emballages supplémentaires. De plus, les épices, la fécule de maïs et l’huile d’olive, par exemple, ne sont pas incluses d’office.

Si une recette requiert un oignon vert, la botte entière se retrouvera dans la boîte. On suppose donc que le client trouvera le moyen de passer le reste avant qu’il ne pourrisse. Dans le cas d’un céleri qui ne dépérit pas à vue d’œil, le défi est petit. Quand il s’agit de coriandre, c’est autre chose.

Depuis l’invention du prêt-à-cuisiner, la réduction du gaspillage alimentaire est l’un des principaux arguments de vente. C’est loin d’être farfelu. Les ménages canadiens gaspillent annuellement pour 1300 $ de nourriture, selon le Conseil national zéro déchet. « Vaut mieux un petit gobelet de crème sûr que tu utilises qu’un gros contenant que tu jets », donne en exemple Judith Fetzer, PDG de l’entreprise québécoise Cook it.


PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Judith Fetzer, PDG de Cook It

On a tendance à diaboliser les emballages qui s’empilent dans notre bac à recyclage, notamment parce qu’on les voit. Les ressources nécessaires à la production d’un concombre envoyées au compost sont moins évidentes à imaginer, mais n’en restent pas moins considérables. Comme le rappelle Éco Entreprises Québec (EEQ), la production de fruits est plus énergivore que la production de leur emballage.

En fait, c’est le suremballage, le problème. Pourquoi fournir trois cuillères à soupe de sauce soja dans un contenant miniature, alors que tout le monde en possède une grosse bouteille ?

Dans le but d’éviter au maximum le gaspillage, les fermes Lufa jurent qu’elles font tous les efforts possibles pour créer des recettes qui utilisent « 100 % des ingrédients » (bios ou sans pesticide). Si les tortillas sont vendues en paquet de six, la recette proposée sera pour six personnes.

L’idée est de maximiser les ingrédients, mais il n’y a pas de miracle. Des recettes demandent un demi-avocat, 66 % d’une tomate, 60 % d’un concombre, 75 % d’un cheddar à l’ail noir. Pour chaque aliment, la proportion utilisée est précisée en ligne, ce qui permet de se faire une idée des restes et des risques de gaspillage.

Une certaine dose d’organisation et de planification reste donc nécessaire. Il sera intéressant de voir si la clientèle appréciera l’idée. Chez Cook it, il s’agit principalement de professionnels qui ont des enfants, qui travaillent beaucoup et qui veulent être efficaces tout en mangeant sainement, confie Judith Fetzer.


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Lufa relance officiellement la vente de boîtes de prêt-à-cuisiner. Sur la photo, Chloé Garceau, nutritionniste, et Frédéric Leblond, directeur des achats chez Lufa.

Les tests effectués par Lufa lui ont aussi permis de constater que ses boîtes-repas attirent une clientèle qui « veut que ce soit rapide, qui n’aime pas se casser la tête ni cuisiner », dit Frédéric Leblond.

Le prêt-à-cuisiner Lufa change aussi la formule élaborée en permettant aux clients de retirer des ingrédients qu’ils présentent déjà ou n’apprécient peut-être. Cela contribue à réduire le gaspillage, et cette souplesse est louable. Mais cela ne contribue pas à alléger le processus d’achat.

Comme on le voit, aucun modèle n’est parfait. Chacun comporte son lot d’avantages et d’inconvénients… qui ne sont pas les mêmes pour chaque client.

Le site de Lufa offre par ailleurs une fonction intéressante pour qui s’intéresse de près au coût des aliments : le prix par portion de chaque ingrédient (même le beurre). En somme, ses repas coûtent entre 5 et 17 $. En supposant une moyenne de 12 $, cela revient à 176 $ pour 16 portions (4 repas pour 4 personnes). En comparaison, Cook it et HelloFresh demandent 165 $, et Goodfood 172 $.

Avec des prix si similaires, le choix doit se baser sur d’autres critères plus personnels. C’est justement le temps de faire des tests, si le concept vous intéresse, car les rabais pour les nouveaux clients ont rarement été aussi alléchants que ce mois-ci.

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