Fika, la pause-café à la suédoise qui rendrait plus heureux

Fika : ce rituel suédois serait une véritable recette bien-être. Getty Images

En Suède, le rituel est une véritable institution sociale depuis les années 1950. Il consiste en une pause-café entre amis, collègues ou en famille, pour échanger. Une habitude bienfaisante, selon les principales concernées. Précisions.

Après le hygge, l’art de vivre à la danoise qui a conquis la France, devrait-on, désormais, nous inspirer des Suédois et de leur « fika » pour se faire du bien ? Il s’agit d’une pause-café (le terme vient de «kaffe», «café» en suédois), un moment pris dans sa journée pour consommer la boisson chaude, accompagné éventuellement d’un encas (une pâtisserie, un « kanelbulle» (roulé à la cannelle), ou une tartine avec du fromage), et discuter avec des proches ou des collègues. Une habitude bienfaisante, à en croire les principaux concernés.

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Un rituel quotidien

Loin du concept marketing, le fika est une véritable institution sociale, « un rituel quotidien qui a intégré et organise la journée des Suédois », confirme Annelie Jarl, maître de conférences au département d’études nordiques de l’université de Caen. La tradition est entrée dans la société suédoise dans les années 1950, alors que le pays connaît un essor économique après la Seconde Guerre mondiale. « Toute la population, y compris la classe moyenne, a pu consommer des produits autrefois utilisés comme des produits de luxe (le café ou les pâtisseries) et aller dans des établissements pour y consommer la boisson », précise Jonas Engman, ethnologue et responsable d ‘histoire culturelle au Musée nordique de Stockholm.

C’est par le fika qu’on interagit avec l’autre, qu’on apprend à se connaître

Jonas Engman, ethnologue

Ainsi, environ deux fois par jour, entre 9 heures et 16 heures, les Suédois se retrouvent entre amis, en famille ou entre collègues, dans un endroit cosy ; chez soi ou au café, pour évoquer leur vie privée. « C’est par ce rituel qu’on interagit avec l’autre, qu’on apprend à se connaître, indique Jonas Engman. Par exemple, on ne dit pas “allons déjeuner ensemble”, mais “allons prendre un fika”. Quand j’ai connu ma première copine, elle m’a invitée à en prendre un.»

Caroline Nobilé, co-fondatrice du café FIKA (1) installée depuis le mois de septembre au sein de l’Institut suédois à Paris, est convaincue des bienfaits psychiques de la tradition. «Cette pause nous permet de prendre du recul, constate la Française tombée amoureuse de la culture suédoise. On se rappelle quelles sont les priorités dans la vie : être tourné vers l’autre et vers soi.»

La socialisation, un besoin vital

Rien d’étonnant pour Christophe Haag, chercheur en psychologie sociale et professeur à l’EMLyon (2). Le spécialiste rappelle que la sociabilisation est un besoin vital pour l’être humain, au même titre que boire ou manger. “En investissant du temps pour l’autre, avec écoute et gentillesse, on atteint nous-même un état de bien-être et d’apaisement, c’est un effet-miroir.” Sans oublier que l’échange social peut permettre de rééquilibrer la balance de ses émotions négatives. «L’autre peut être un véritable anxiolytique naturel», illustre le spécialiste.

Les émotions positives sont même « contagieuses », selon le chercheur. En « attirant » les émotions de l’autre, en adaptant plus d’hormones de bien-être et moins d’hormones de stress. Voilà ce qui pourrait expliquer, selon le spécialiste, qu’à l’échelle nationale les Suédois se sentent si bien. D’après le Rapport mondial sur le bonheur 2022, la Suède est classée 7e parmi les pays les plus heureux du monde, quand la France occupe la 20e place. «Ils ont une hygiène de vie collective qui les encourage régulièrement à avoir de l’échange social positif avec autrui, et ça, ça fait un bien fou», commente Christophe Haag.

La clé de l’efficacité au travail ?

La sphère professionnelle n’échappe pas au rituel. Et même en entreprise, le fika reste un moment intime (on ne parle pas de travail), où la place de chacun dans la hiérarchie importe peu.

Le cerveau humain a besoin de parler d’autre chose pour prendre de la hauteur sur sa tâche en cours

Christophe Haag, chercheur en psychologie sociale

« Inutile d’essayer de contacter une administration suédoise à 10 ou 15 heures, ils seront en pause fika !, illustre Annelie Jarl. D’ailleurs, l’employé qui restait à son bureau dénoterait.» Et personne n’accusera l’autre de fainéantise. Ces pauses sont au contraire le moyen d’être plus efficace tout au long de la journée. « Le cerveau humain a besoin de parler d’autre chose pour prendre de la hauteur sur sa tâche en cours, rebondit Christophe Haag. Sans oublier que l’humour actif des zones du cerveau qui produit des pensées créatives et adaptatives, ce qui booste notre capacité à résoudre un problème pourtant sérieux.» De quoi donner à l’employé un regard neuf après chaque pause-café, tout en faisant baisser son taux de cortisol (l’hormone du stress), aboutit-il.

Facile à mettre en place, ce rituel pourrait valoir la peine d’être essayé. Surtout si l’on en croit le dernier sondage Gallup, sur le bien-être des employés dans le monde. 72% des Suédois estiment leur vie épanouissante, contre 43% des Français. D’après le même rapport, 36% des Suédois se disent stressés au travail, contre 44% en France et 64% en Grèce.

(1) Café FIKA, à l’institut suédois, 11 Rue Payenne, 75003 Paris.
(2) Provoquer ta chance, de Christophe Haag, Éd. Albin Michel, 280 p., 19,90€. Il est aussi l’auteur de La contagion émotionnelle, aux Éd. Albin Michel, 464 p., 21,90€.

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